LE PRÉSIDENT DE QUIXSOXAS
de se rappeler qu'il était poèlr, et à la première séance de l'Académie, en août 17.'>:i, tout eu s'excusant de parler un langage que ses fonctions lui avaient fait oublier, il compose des vers qui ne sont pas sans mérite. Dans chaque séance il soumet à ses collègues un nouveau travail. Tantôt il fait un discours pour prouver que l'élude de l'histoire contribue à mieux faire comprendre l'origine des lois et leur véritable esprit. Tantôt il retrace la vie de Marguerite de Bourgogne, tantôt il montre que « du sein des loisirs naissent les ouvrages les plus utiles et les productions les plus heureuses, et que le délassement de l'esprit est presque aussi nécessaire au succès du travail que le travail même. » Conteur aimable, il vante les avantages de la conversation qui instruit en reposant l'intelligence, et cite ce mot d'un savant, que de dix connaissances qu'il avait acquises, il en devait neuf à la conversation : il établit que la vie complètement oisive engendre l'ennui, que le plaisir, cet objet capricieux des désirs des hommes, fuit qui le cherche et cherche qui le fuit. M. de Fontenelle lui parait être le type du philosophe et du sage.
Cette façon d'envisager l'étude prouve un esprit cherchant dans les lettres les jouissances délicates, mais M. de Quinsonas n'en était pas moins un magistrat digne de ce nom.
« A la tète de sa compagnie, dit un de ses contemporains il ne fit jamais sentir l'autorité qui lui était
(t) Le président de Courbouzon, ouvrages des académiciens, vol. 2, p. 140. — Ouvrages de M. de Courbouzon, vol. 2, p. 91 et 92.
confiée. Sa capacité (Hait aussi soigneuse à se cacher que l'ignorance est empressée à se produire. » Le même écrivain, l'appréciant comme homme privé, ajoute : « Sa conversation avait des agréments qu'on ne peut exprimer, il mêlai! un badinage aimable aux raisonnements les plus graves; son esprit élait erné de morceaux de littérature et de traits d'histoire qu'il plaçait heureusement. Lorsque les circonstances ramenaient à la politique, il se montrait versé dans l'intérêt des princes, il en parlait en homme d'Etat. »
La fin d'une heureuse vie fut affligée de souffrances qui n'éteignirent point en lui son affection pour ses collègues. Sa pensée se reportait vers ses confrères exilés. En 1757, quelques heures avant de mourir, accablé par la douleur, il voulut leur donner une preuve de son attachement; il écrivait au roi : « Ah ! Sire, si quelques-uns de mes confrères ont eu le malheur de vous déplaire, leur cœur ne fut pas coupable ; sujets fidèles à leur roi, remplis de zèle pour son service, daignez leur rendre votre affection. » A sa mort, Louis XV manifesta publiquement ses regrets : « C'était, dit-il, un magistrat vertueux ; je l'aimais, il m était attaché. »
Sept années de haute magistrature devaient perpétuer le souvenir de M. de Quinsonas et lui méritaient une place exceptionnelle dans notre récit- Son rang, sa fortune, ses relations au dehors, lui donnaient une haute situation. Homme de lettres et homme du monde, il a une personnalité qui lui est propre, et il reste comme le type de ces magistrats du xvin c siècle, faisant mar-
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cher fie fron! les plaisirs et les affaires, avec cet esprit iroitié sérieux, moitié frivole de son temps.
Bourgeois do Boy nés, qui lui succéda, fut plutôt un personnage politique qu'un premier président. Conseiller au Parlement de Paris, puis maître des requêtes en 174(j, il devint en 17.V* intendant de la province, et cumula, en 1757, les fonctions d'intendant avec celles de premier président, toujours prêt à s'incliner devant l'autorité royale, plus désireux de servir le despotisme que de maintenir les droits du Parlement. Les luttes qu'il eut à soutenir contre ses collègues ont donné à son nom une sorte de notoriété. Nous avons retracé l'opposition qu'il rencontra dans le Parlement, opposition qui devint la cause de l'exil de nombreux magistrats, mais devant laquelle il fut contraint de renoncer à ses fonctions.
C'est dans une province voisine, parmi les magistrats du Parlement de Bourgogne, que fut choisi le successeur de Bourgeois de Boynes ; il se nommait Fyot de Neuilly et avait été ambassadeur à Gênes. 11 n'accepta point. On hésita quelque temps entre d'autres Dijonnais, MM. de Brosses, de Fontette et de Veliemont, fils du président de Grosbois, et qui, à la mort de son père, se nommait M. de Grosbois. Ce dernier était le protégé du duc de Choiseul et l'emporta sur ses concurrents.
En Perreney de Grosbois se personnifie le type d'un chef de magistrature. Nul plus que lui ne brilla par son intégrité et son impartialité ; nul ne fut plus uni, plus dévoué à ses collègues et ne défendit avec plus d'ardeur leurs intérêts; nul ne se montra plus énergique
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dans la revendication des privilèges et des droits de la province. Pendant toute la durée de sa présidence, il dut formuler et soumettre au pouvoir une longue série de protestations contre les édits royaux et s'opposer à de nombreuses illégalités. L'exil vint à diverses reprises le frapper, lui et sa compagnie, mais ne fit qu'augmenter les sympathies et le respectueux attachement de la province. Son retour devenait un triomphe, on le comparait aux plus grands citoyens de l'antiquité, on vantait sa fermeté, sa science, sa vertu. Ces éloges s'adressaient non seulement au magistrat, mais à l'administrateur habile, à l'homme de bien. Les fonctions de premier président étaient difficiles; il s'agissait de maintenir les droits et les devoirs du Parlement, d'éviter autant que possible les conflits, de ne s'aliéner ni l'estime de ses collègues, ni la confiance du pouvoir royal. Il fallait de la fiasse d'esprit, do la modération de caractère, un tact et une habileté qui ne devaient pas se laisser surprendre. Aucune de ces qualités ne faisait défaut à réminent magistrat, qui se distinguait en outre par un sens infiniment net et précis.
Son fils, qui lui succéda, eut la même attitude, montra la môme fermeté. Elevé sous les yeux paternels, destiné par sa naissance à la position qu'il venait d'acquérir, il s'y était préparé de bonne heure et avait sacrifié les plaisirs de la jeunesse à la haute ambition de sa famille. Avide de connaître, il avait cherché la science du droit dans ces volumineux recueils que nos mains ne savent plus feuilleter. Sa vie était des plus laborieuses; il quittait tous les jours à neuf heures du soir son salon