‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 43 sur 176 · LES GENS DU ROI · texte numérisé non relu

LES GENS DU ROI

de ces collections: « On y verra, écrivait-il, des anecdotes curieuses sur les ressorts secrets des grands hommes qui ont préparé, conduit et consommé depuis 1757 à 1771 la révolution arrivée dans la magistrature: mais le tout, ajoutait-il, est destiné à demeurer dans le secret pour la seule instruction de ma famille »

Chiflet mourut en 1783, premier président du Parlement de Metz. La compagnie fit célébrer, le 9 avril de cette môme année, dans la cathédrale de cette ville, un service solennel et déploya dans cette cérémonie une grande magnificence (*).

A côté des hommes que nous venons de citer et qui occupèrent le siège de premier président, le parquet fournit aussi des magistrats recommandables par leur talent, leur esprit d'équité et leur science juridique. On connaît les attributions de ses membres. Le procureur général, avant 1386, n était qu'un juge délégué de la part du duc pour rendre la justice. Guillaume Bourrelier est le premier qui, en 1435, soit qualifié conseiller du duc, procureur général en son pays de Bourgogne et procureur fiscal en ses Parlements de Dole, de Beaune et de Saint-Laurent ( 3 ). Peu à peu ses pouvoirs s'étendirent; il devint, d'après le Journal encyclopédique. « l'àme de l'ordre social, vengeur des mœurs, ministre des lois, instrument et modérateur de la puissance exécutrice ; c'est l'œil de Thémis, c est l'aigle qui porte son tonnerre, c'est la main qui trace la ligne qu'il doit décrire,

(1) Vol. G4, p. 2. Mauuscrits Chiflet.

(2) Histoire du Parlement de Metz, par le conseiller Michel.

(3) Bibliotb. de Hesançon. Manuscrits du P. Dunand, vol. 17, p. 268.

qui le dirige sur l'oppresseur puissant, sur le juge prévaricateur; et son cœur, ouvert à tous les sanglots, à toutes les plaintes, est l'asile sacré de tous ceux que

l'injustice opprime 0). »

Le fait est qu'il avait le droit d'informer et de décréter sans le secours du Parlement ni même des avocats généraux ( 2 ). Il était indépendant de la cour; « il agissait seul, dit Lampinet, prenait des informations secrètes contre ceux dont il avait plaintes. » Nous trouvons dans le manuscrit de ce magistrat l'anecdote suivante : <c Un premier président, Adrien Thomassin, s'étant plaint à la cour de ce que le procureur général s'était absenté en temps des séances ordinaires sans avoir fait savoir son départ ni pris auparavant congé de lui comme les autres membres de la compagnie, le procureur général lui répondit : « J'étais allé informer contre vous; jugez si jetais obligé de vous le dire auparavant et de prendre congé de vous ( 3 ). » Le procureur général ne devait même pas se soumettre aveuglément aux prescriptions du souverain; il considérait comme un des plus précieux privilèges de sa charge le droit d'adresser de respectueuses remontrances au roi; certains d'entre eux concluaient même parfois contrairement aux désirs royaux et s'opposaient à l'enregistrement d'édits qui ne leur paraissaient pas conformes aux principes juridiques. Ce magistrat avait le devoir de veiller au maintien de l'ordre public ; de

(1) Journal encyclopédique, mai 1775, p. 477.

(2) Bocquet, paragraphe 6, fol. 135.

(3) Manuscrits Lampinet, p. 164 et 177.

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