LES AVOCATS GÉNÉRAUX DE FRASNE, BERGERET, DESBIEZ
de l'esprit le plus cultivé, il prononçait en 174G une mercuriale éloquente, où il demandait aux magistrats d'approfondir la jurisprudence, de se défier d études superficielles, de ne pas apporter dans l'examen des affaires une présomption plus dangereuse que l'ignorance. C'est à lui que nous devons de savantes biographies lues à l'Académie. L'unè des plus complètes est celle qui remet en lumière la vie du poète Mairet avec l'analyse de ses œuvres; sa dissertation sur les hommes
célèbres de Franche-Comté contient de curieux détails. Il en est de même de la vie de Philibert Poissenot, d'Olivier de la Marche, d'Hugues Rabel, et de l'éloge funèbre de la duchesse de Tallard. De Frasne écrivait simplement, mais d'un style clair, net et précis, qui justifie sa réputation de talent.
L'avocat général Bergeret était, lui aussi, apprécié de ses contemporains. C'est à ce titre qu'il fut chargé de prononcer le discours d'ouverture des audiences de la grand'chambre du Parlement, le 27 avril 1775, lors du rétablissement de l'ancienne magistrature ; il exprima les sentiments de reconnaissance et d'affection qu'éprouvait le peuple pour le successeur de Louis XV, les espérances que faisait concevoir le nouveau règne. Il rappela le souvenir de trois conseillers, Belin d'Augicourt, Varin d'Ainvelle et Parret de Moyson, le premier mort à Besançon peu après son retour de l'exil, les deux autres à Champvans et à Faverney, résidences qui leur avaient été assignées. Tout ce discours est écrit élégamment et sans emphase, bien que le premier président Perreney de Grosbois y soit qualifié de « Nouvel
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» Aristide, digne chef d'un sénat dont nos vœux sol- » licitaient le retour et que la justice elle-même reven- » cliquait. »
L'avocat général Desbiez, le contemporain et le collègue de Berge ret, ne brillait point par la simplicité du style. Quelques jours auparavant, le 7 avril 1775, lorsque M. Feydeau de Marville, conseiller d'Etat, était venu donner lecture de 1 edit portant rétablissement du Parlement, l'avocat général Desbiez, après les discours de M. le marquis de Saint-Simon, lieutenant • général des armées du Roi, et du premier président de Grosbois, s'était levé et avait pris la parole en ces termes : « Si jamais la nature paraît intéressante et » belle, c'est à la suite de ces longs orages, où les élé- » ments déchaînés semblaient la traîner aux pieds du j> tombeau. Qu'alors l'astre qui répand la chaleur et la » lumière vienne à lancer ses rayons sur la terre, tout » s'anime, tout s'embellit : on dirait que l'univers sort » une seconde fois des mains du Créateur.
» Tel est le spectacle attendrissant que nous offre » aujourd'hui la magistrature. Le bandeau de Thémis » s'était changé contre le crêpe de la douleur ; et si le » cours de la justice n'a pas été suspendu, les magis- » trats qui la rendaient aux peuples interrompaient » leurs fonctions augustes pour donner des regrets aux » respectables confrères dont ils se voyaient séparés. »
Tout ce discours est écrit avec cette emphase. L'éloge du roi est ainsi conçu : « Le trône est occupé par un Prince qui, dans l'âge de Marcellus, nous offre toutes les vertus de Trajan ; qui unit la bonté de Henri IV à la