‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 47 sur 176 · LA MAGISTRATURE ASSISE · texte numérisé non relu

LA MAGISTRATURE ASSISE

sagesse de Charles V; qui, voulant guérira la fois toutes les plaies de l'Etat, a su confier les différentes parties de l'administration à des hommes qu'un peuple libre eût choisis pour ses modérateurs, à des hommes dont les grandes qualités feront douter à nos neveux si notre siècle n'a pas réalisé les prodiges de ces temps où les dieux venaient veiller sur les troupeaux d'un roi 0). »

Ne nous étonnons pas d'un pareil langage. Chaque époque a son style, et souvent les défauts d'un écrivain ou d'un orateur tiennent plus à la nature des institutions, aux habitudes du public auquel il s'adresse, qu'à l'esprit même de l'auteur. Résister au faux goût du jour, conserver cette simplicité de forme qui n'étonne pas l'auditeur, mais a l'avantage de ne pouvoir à aucune époque prêter au ridicule, est un talent assez rare. La justesse de l'expression, la clarté, la concision, sont les véritables qualités de tous les temps. Heureux ceux qui les possèdent ! Plus heureux encore les hommes qui, grâce au calme de leur raison, à la rectitude de leur jugement, à la fermeté de leur caractère, peuvent se soustraire aux entraînements de l'opinion, dédaigneux d'une trompeuse popularité, comprenant que tous les souverains, rois ou peuples, ont leurs courtisans, n'acceptant dans les idées dominantes que ce qu'il y a de juste et de vrai, et ne prenant pour règle que les inspirations seules de leur conscience.

Il serait injuste de borner cette étude aux premiers

(l) Procès- vtfrbal de ce qui s est passé à la séance tenue au Parlement de Besançon, le 7 avril 1775.

présidents et aux magistrats du parquet; se recrutant dans la province, parmi des familles qui y avaient tous leurs souvenirs, tous leurs intérêts, les parlementaires se distinguaient par une physionomie particulière. Il régnait entre les membres de cette compagnie, pour ce . coin de terre qu'on appelait la Comté, un amour réel. Plus concentré, le patriotisme était plus ardent, et des hommes dont toute l'ambition se bornait à passer leur vie dans un pays auquel mille liens les rattachaient, et sous Fœil de leurs compatriotes, devaient avoir une attitude qui leur était propre ; aussi la magistrature assise se recommande non seulement par son dévouement aux intérêts du pays, par sa fermeté et son indépendance vis-à-vis du trône, mais par ses habitudes laborieuses, son désir d'apprendre, par l'étendue et la variété de ses connaissances. Dans tout le cours du xviii c siècle, un assez grand nombre de parlementaires se révèlent non seulement jurisconsultes, mais écrivains remarquables.

Dès les premières années de la conquête, un maître aux requêtes, Augustin Nicolas, demandait que Ton modifiât la procédure criminelle et ne craignait point de s'élever contre la torture , qui était alors regardée comme une véritable institution sociale. Ce mode cruel d'information, triste legs du droit romain, n'était pas appliqué d'une manière uniforme, et chaque province avait sa manière de questionner. A Paris, on faisait surtout usage des coquemars pleins d'eau, versés coup sur coup jusqu'au nombre de huit dans l'estomac du patient, qui enflait outre mesure, puis qui vomissait de l'eau, du sang et des aveux bien dignes de

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