‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 48 sur 176 · AUGUSTIN NICOLAS · texte numérisé non relu

AUGUSTIN NICOLAS

foi, comme on peut croire. En Bretagne, l'inculpé était placé sur une chaise de fer et ses jambes nues étaient progressivement rapprochées du feu. En Normandie, on torturait le prétendu coupable en lui serrant les pouces, ou bien en lui disloquant le bras. En Franche-Comté, on plaçait une clef de fer entre les deux revers des mains du torturé, fixées Tune à l'autre derrière le dos, puis, au moyen d'un câble, on élevait le malheureux à une certaine distance de terre avec un lourd poids en fer attaché au pied droit; ce supplice s appelait l'estrapade. Dans un livre qui parut en 1681, Augustin Nicolas proteste énergiquement contre ces procédés barbares.

Magistrat d'une haute intelligence, Nicolas savait qu'il ne serait pas écouté, mais il savait aussi qu'il travaillait pour l'avenir; puis il avait assisté à tant d'erreurs judiciaires, à la mort de tant de victimes, qu'il ne pouvait se taire; il souffrait de ce qu'il voyait, de ce qu'il signait, il maudissait la loi qu'il était forcé d'appliquer, il maudissait Je principe de cette loi qui lui paraissait impie : « J'ai longtemps balancé, écrivait-il, entre le désir de secourir l'innocence de ceux qui pourraient souffrir d'injustes supplices et la crainte de donner au public quelque chose qui pût sembler contraire aux opinions communes. Mais enfin j'ai cru pouvoir rendre plus de services à la société humaine en sauvant des innocents qu'à souscrire par mon silence à des procédés qui peuvent les faire périr comme criminels. »

Son livre est l'œuvre d'un logicien, d'un érudit et d'un philosophe imbu des principes de la morale chré-

tienne. L'auteur examine ce qu'était la torture dans l'antiquité, dans l'ancienne Rome ; il s'indigne à la pensée que « Ton peut faire souffrir plus de tourments à un prévenu qu'à un coupable, il émet cette idée que la société punit, mais ne se venge pas, et que l'inculpé doit être traité avec justice et sans passion ; il montre que la douleur arrachera des aveux de culpabilité à un innocent, des dénonciations contre les plus honnêtes gens ; il soutient que la torture ne peut être employée même contre les accusés de sorcellerie : « Comment ! s'écrie-t-il, vous démembrez un homme tout vif, vous exposant au hasard de le trouver innocent ; ou s'il est coupable, de le relâcher, s'il est d'un tempérament à soutenir ces tourments ! Sur des preuves défectueuses vous soumettez un homme à un tourment incomparablement plus atroce que dix supplices ! Sans conviction, vous infligez une horrible peine ! N'est-ce point le renversement de toute notion de justice ? »

Augustin Nicolas devait échouer. L'heure n'était point venue, ses adversaires ne voulaient pas être convaincus, et toute son argumentation ne devait aboutir qu'à une modification dans le genre de supplices. Le Parlement de Paris se borna, en 1697, à supprimer l'estrapade pour la remplacer par l'extension et les brodequins, et ce n'est qu'en 1780 que le législateur accueillit partiellement l'idée du magistrat de Franche-Comté ; alors seulement parut cette humaine et tardive déclaration qui abolissait la question préparatoire, 'c'est-à-dire celle appliquée avant jugement dans les accusations capitales. Quant à la question préalable, que le con-

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