LE PRÉSIDENT DE COURBOUZON
Rome et Versailles. Il s'agissait d'établir l'histoire de chaque bénéfice, sa fondation, sa dotation et sa consistance, et de décider à qui appartiendrait le droit de nomination. De Courbouzon écrivit un rapport modèle de clarté et d'érudition ; il le développa oralement en présence du cardinal de Fleury et du nonce du pape, Maffei, avec un tel talent que le cardinal, enthousiasmé, lui conféra une pension de quinze cents louis.
Lorsque résolu à composer un nouveau recueil de lois et à fixer la jurisprudence sur des questions controversées, d'Aguesseau eut l'idée d'établir un bureau de législation où devaient se concentrer les lumières de tous les Parlements, ce fut de Courbouzon qu'il choisit en Franche-Comté pour le seconder dans sa vaste entreprise. Heureux de répondre à cette marque d'estime, de Courbouzon lui transmettait un commentaire destiné à combiner les anciennes ordonnances avec les lois nouvelles, ainsi qu'un recueil annoté de tous les arrêts prononcés depuis son entrée au Parlement.
Les services rendus par de Courbouzon, les qualités de son esprit, l'appelaient à la carrière diplomatique. La France songeait alors à négocier la vente ou l'échange du comté de Montbéliard. De Courbouzon, qui, selon l'appréciation d'un de ses contemporains, ambitionnait de faire revivre une époque où la magistrature était regardée comme le séminaire des ambassadeurs, des conseillers d'Etat, des ministres et des chanceliers, fut chargé de rédiger un mémoire destiné à faciliter un arrangement. Il rêva un instant de brillantes destinées, mais il devait se convaincre que le mérite et l'intelli-
gence n'obtiennent pas toujours la récompense à laquelle ils ont droit. Nommé successivement ministre à Gênes, puis à Ratisbonne, il ne put prendre possession de ses fonctions; il revint à ses études premières. Là encore le magistrat devait, comme le diplomate, éprouver des déceptions. Présenté pour la première présidence de Nancy, il échoua. Comme le dit son biographe à l'Académie de Besançon le 17 novembre 1762, les dignités se présentaient à lui et disparaissaient aussitôt. Il eut en même temps la douleur de perdre son fils et dut lui succéder dans la charge de président à mortier, qu'il avait refusée dans l'intérêt de ce fils et pour ne pas quitter la position de conseiller qu'il occupait depuis longues années. Il se soumit aux vicissitudes de la destinée et chercha des consolations dans le travail et dans la culture des lettres. Nommé secrétaire perpétuel de l'Académie, il profita de ses loisirs pour composer de nombreuses dissertations sur l'institution primitive du Parlement, sur l'origine de nos fiefs, sur la forme de nos anciens Etats, sur le tribunal de l'Inquisition, sur les différentes espèces de coutumes propres à notre pays, etc. Il composa un mémoire sur la vie de Gattinara, sur le président Philippe, sur nn professeur de langue syriaque et hébraïque, M. Jault, d'Orgelet. Ce qui distingue toutes ces productions, c'est une connaissance étendue du droit public de la province, un goût de recherche pour tout ce qui concerne la Franche- Comté. Le style en est simple et facile.
Ajoutons que de Courbou/.on savait être généreux pour le pauvre, bienveillant et dévoué pour quiconque