LE' PRÉSIDENT DE COCRBOUZON
méritait son appui, qu'il encourageait la jeunesse, pressait les érudits de travailler à l'histoire de la province : « Vous êtes jeune, écrivait-il à dom Berthod, le 15 avril 1758; vous avez du goût pour la retraite et les travaux littéraires ; combien de reproches n'auriez pas à vous faire si vous négligiez vos talents; » Tannée suivante il encourageait dom Grappin en ces termes. « Vos coups d'essai sont des coups de maître; le sujet que vous avez traité est des plus intéressants, je le présenterai demain de votre part à l'Académie; soyez assuré qu'il y sera universellement applaudi. Les talents que vous faites éclore méritent bien d'être cultivés; ne trouvez point de prétexte pour vous écarter de votre route ; continuez à vous adonner à l'histoire, surtout à celle de votre pays (0. »
De Courbouzon mourut en 1762. « Il avait pour amis, dit Grandfontaine, tous ses contemporains les plus illustres, à la cour, dans le clergé, dans la magistrature, » et il a laissé une réputation méritée d'honnêteté, d'habileté et de science. Peut-être pourrait-on lui reprocher trop de condescendance vis-à-vis du pouvoir. Dans une lettre du 25 août 1757, alors que le Parlement avait dû, sur les ordres du duc deRandan et sur la pression de M. de Boynes, enregistrer de nouveaux édits onéreux pour la province, de Courbouzon écrivait au duc deTallard : « Il est certain que nos misères sont excessives, mais l'Etat est dans le plus
(l) Correspond, de dom Berthod, p. 47. Manuscrits. Biblioth. de Besançon.
grand besoin, et dans ce concours la misère de l'Etat doit avoir la préférence; on colore d'ordinaire la résistance par le prétexte de la mauvaise administration. Le reproche, quand il serait fondé, n'apporterait aucun soulagement aux besoins de l'Etat, il faut des secours présents, et ce n'est pas en déclamant contre le passé qu'on les procure. Si nous avions, en présence de M. le duc de Randan, refusé l'enregistrement, nous aurions indisposé le roi ; quoique la fermeté chez les magistrats soit digne d'éloges, il faut savoir se plier aux circonstances, et il vaut mieux que les magistrats sacrifient la gloire que la résistance leur acquerrait auprès des peuples au bien de ces mêmes peuples et malgré leurs préjugés. Enfin je ne connais point de loi en France qui établisse que les Parlements n'enregistreront qu'après trois lettres de jussion, j'ajoute que nous n'avons enregistré que du très exprès commandement du roi. Ce sont là, Monseigneur, les principes dans lesquels j'ai toujours été et qui ont déterminé en cette occasion mon suffrage pour l'exécution des ordres du roi. J'ai cru en cela le bien de la province et mon devoir. Ce sont les seuls motifs qui m ont décidé, et qui seront dans tous les temps la règle de ma conduite ( 1 ). » N'est-ce pas un peu la lettre d'un courtisan? Toutefois on ne pouvait justifier par de plus honorables motifs des actes que le public taxait de faiblesse.
Lors de la nomination de M. de Boynes à la première présidence, de Courbouzon approuve encore le
(1) Archives départementales. Non classé.