‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 54 sur 176 · LE PRÉSIDENT DE VEZET · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT DE VEZET

avec étonnement, en Franche-Comté, des montagnes de porphyre et de pierres précieuses; j'ai marché à Saint-Bresson sur le granit : j'ai gémi de n'y trouver qu'une faible entreprise languissante, sans moyens, sans ouvriers, bientôt abandonnée. » Puis il fait remarquer que le défaut de secours arrête seul dans la province l'essor du génie national : « Redoublons, dit-il, de zèle et de soins; dans des temps plus favorables, la main protectrice du gouvernement secondera nos vues, rendra la vie aux talents. » On le voit, c'est l'amour du bien public qui inspire l'écrivain.

Le président de Vezet est non seulement un magistrat éminent; il porte un nom respecté, sa demeure est celle du savant, du collectionneur habile, il aime tout ce qui est beau : marbres, tableaux, livres rares, aussi bien que les plaisirs du monde, les sociétés élégantes et choisies, où il est choyé, adulé pour son esprit, son éducation, sa distinction native, son érudition et son intelligence exceptionnelle.

La révolution survient et tout s'eiîondre. Le président de Vezet entend rester fidèle à ses serments, à ses traditions de famille, à ses convictions, et tout dévoué à son roi. Le 2 septembre 1791, il quitte Besançon et se rend à Coblentz, où il rencontre Courvoisier, son compatriote, et de nombreux magistrats, puis à Manheim, à Luxembourg, et enfin en Suisse, à Frauenfeld, dans le canton de Thurgovie. Il y habite quatre années, dans une situation pécuniaire parfois difficile, réduisant peu à peu sa maison, vendant ses chevaux, perdant chaque jour l'espérance du retour, concentrant

son attention sur un seul point, sa province, et essayant dy préparer une réaction en faveur de la monarchie ; ses adversaires politiques le signalent en France comme dangereux. Un manuscrit de Tan v déposé aux archives du Doubs (0 porte ces mots : « de Vezet : tout spécialement chargé de travailler la Franche-Comté. » On s'empare de ses terres, de son château, on brûle ses précieuses collections ; on jette au vent les os de son père et de sa mère ; rien n'égale la rage des révolutionnaires. La chute de Robespierre ne ravive que pour un instant ses espérances ; il croit à la restauration de la royauté, à une invasion de la Franche-Comté par l'armée de Condé, au succès de Pichegru, à la reconstitution de la vieille magistrature ; il estime que la nécessité ramènera les Français à leur roi légitime, que le roi rentrera en France, revêtu de la plénitude de son autorité, de sa toute-puissance d autrefois. Il n'admet pas les transactions entre le souverain et la nation. Il a vécu loin de son pays, et ne se rend pas compte de l'impossibilité de revenir à la monarchie absolue. Les victoires des armées françaises sous le consulat et l'empire ne lui laissent plus d'illusions ; ses amis politiques se rallient au régime impérial ; ils rentrent sur le sol français ; ils sollicitent, ils obtiennent des fonctions publiques. Le président de Vezet ne songe point à abandonner ses principes; il se résigne à l'exil, dût cet exil se perpétuer ; il se résigne à la gène, à la misère. La France est à ses yeux « une terre immorale, parricide,

(1) Manuscrit n° 33. Archives du Doubs.

Page 1