ACCUSATIONS DE COMPLOTS
chronique du temps le récit suivant C 1 ) : « En Tan 1706, Louis XIV ordonna que le glorieux saint suaire qui repose en l'église cathédrale de Besançon ne serait point monstré au public jusqu a la fin de la guerre. La raison qui fut la cause de cet accident est qu'un certain meunier qui demeurait au moulin de Gouille, proche de Beure, à une heure de la ville de Besançon, lequel fesait raccommoder les escluses dudit moulin, avait pris pour y travailler des soldats de la garnison de la citadelle dudit Besançon ; en parlant ou devisant avec eux, il dit qu'il fesait raccommoder ses escluses pour passer les Allemands (disant cela en riant). Lesdits soldats s'en allèrent le déclarer à Monsieur le lieutenant du roy de Besançon. Ledit meunier fut pris et conduit à la citadelle dudit Besançon, où il fut interrogé de son fait; il répondit qu'il disait cela en riant; on lui répondit qu'il serait pendu en riant; il fut condamné à estre pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive, sur la place dite Labour ey. »
Ce n'était pas là un fait isolé. Quelque temps après, un abbé, nommé Prudhon, soupçonné d'avoir conspiré avec l'ambassadeur d'Allemagne on Suisse, et d'avoir voulu faire entrer des gens de guerre le jour de l'Ascension, pour surprendre Besançon, fut arrêté, conduit à la citadelle et condamné par arrêt du bailliage à être pendu et étranglé sur la place Neuve de cette ville. « Cet abbé Prudhon, dit Claude-Louis Quirot, essayant
(1) M. Jules Gauthier a imprimé dans les documents inédits publiés par l'Académie de Besançon des extraits de plusieurs chroniques de celte ville, des xvi e , xvii* et xvin* siècles, extraits fort curieux.
de passer en Suisse, fut arrêté en route par les soins de l'intendant de Bernage. La procédure instruite contre lui donna des preuves suffisantes de la réalité du complot, et une sentence du bailliage le condamna à la potence, et Claude Michel, son complice, mais contumax, à être rompu en effigie. »
Les mêmes faits se renouvelaient en 1707. La Chronique inédite de Bourgogne contient les lignes suivantes : « L'an 1709, à Besançon, furent pendus les nommés Dezetan, habitant proche Belvoir, le nommé Maldiné, son gendre, et le fils d'un nommé Navette, Lorrain de nation, ainsi qu'un menuisier, Lainant, pour avoir conspiré avec les Allemands. Ils furent exécutés sur la place Labourey comme coupables d'avoir voulu faire entrer les Allemands dans la ville de Besançon en faisant sauter les magasins à poudre et en empoisonnant les puits et les citernes. » Quirot, qui prétend que Dezetan était de Vuillafans, ajoute que Ton exposa le corps de Dezetan sur le chemin de Baume, celui de Maldiné sur le chemin de Pontarlier, celui d'Antoine Navette sur la route de Dole.
La sévérité excessive de pareiiles condamnations aujourd'hui peu connues, infligées à des malheureux qui ne pouvaient songer à conspirer contre la France, étonne tout d'abord ; on comprend que le pouvoir royal ait surveillé les sentiments de la population encore imbue de son ancien attachement à l'Empire; on ne s'explique pas qu'il ait eu recours à une répression qui rappelle une époque de barbarie ; mais il ne faut pas oublier qu'en 1707 Frédéric I er , roi de Prusse, ayant