‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 61 sur 176 · JEUX DE HASARD. ARRÊTS DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

JEUX DE HASARD. ARRÊTS DU PARLEMENT

qu'elles fussent, de donner à jouer aux dés et aux jeux appelés le hocca, le biribi, la bassette, le pharaon, le lansquenet, la dupe, le brelan, et généralement à tous jeux de hasard. Une amende de 3,000 livres frappera les délinquants, et de cette somme un tiers sera « applicable » au Roi, un tiers à l'hôpital général des lieux, et le dernier tiers au dénonciateur 10.

Mais la sévérité de la répression n'arrêtait pas les joueurs. En 1764, dans une des délibérations de la cour, un de messieurs, prenant la parole, représentait ainsi les désordres que causait la passion pour les jeux de hasard : « Des pères de famille ne connaissent plus ni bienséance ni devoir ; des négociants, livrés à la dissipation et au délire d'une vie tumultueuse, ne conservent aucun goût pour les occupations honnêtes ; jusqu'à des artisans que la chimère d'un avenir plus heureux a rendus assez insensés pour soustraire le fruit de leur travail aux besoins indispensables de leurs familles ; des jeunes gens, entraînés par la contagion de l'exemple, ne font aucun cas de leur santé, de leur repos, de leur honneur ; des gens sans aveu partagent les avantages et les agréments de la société. » Et le Parlement, s'associant aux sentiments d'indignation de l'orateur, s'empressait de faire droit à sa demande et à l'unanimité interdisait de jouer ou donner à jouer le hocca, le biribi, la bassette, le pharaon, le lansquenet, la dupe, les trois dez, le tope et tingue, le passe-dix, le quinquenore, la roulette, le quinze, le pair ou non, les petits paquets, le trente et

(1) Recueil des Edite, vol. 3, p. 636.

quarante, le onze et généralement tous jeux de hasard, sous quelques noms et formes qu'ils pussent être déguisés.

Il est un autre arrêt dont nous devons dire un mot. Lorsqu'un mariage se célébrait en Franche-Comté, il était d'usage dans les campagnes, et même dans certaines villes, d'exiger des époux une somme d'argent •plus ou moins élevée. On leur demandait d'acquitter ce que l'on appelait le droit de poule. Le plus souvent les nouveaux mariés se soumettaient et payaient ; mais en cas de refus, une partie de la population, bien résolue à user de contrainte, s'attroupait armée de bâtons, d'épées ou de pistolets, environnait la maison des époux, et ne cessait ses insultes qu'après avoir reçu la somme demandée ; ces excès entraînaient souvent des blessures fort graves. On comprend que les magistrats aient cru nécessaire d'y mettre fin en les réprimant par une peine d'amende et par l'emprisonnement.

Les juifs provoquaient déjà des plaintes nombreuses, et ont pris une grande place dans les actes du Parlement. Des édits royaux leur avaient fait défense, dès 1182, de séjourner plus de trois jours dans certaines provinces. En Franche-Comté les lois des anciens souverains s'étaient montrées plus sévères et leur avaient interdit, dès 1562, de prendre asile, et à tous les habitants de leur donner retraite. Les juifs résistaient, continuaient leur commerce non pas en boutique ouverte, mais par des prête-noms et personnes interposées. Quelques-uns prenaient résidence dans plusieurs villes en les parcourant successivement. Des dénonciations se

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