ARRÊTS CONTRE LES JUIFS
produisirent, notamment contre un juif nommé Vidal, qui faisait un commerce public à Dole, à Gray, à Besançon. Le Parlement se réunit, et, dans un arrêt du 21 février 1755, flétrit les juifs en ces termes : « Les juifs, cette nation errante et si maudite, en horreur à tous les peuples, sont bannis de tous les Etats et surtout du royaume de France. Le bien de la police l'exige, parce que toute communication avec eux est extrêmement pernicieuse. » Puis, après de longs considérants, le Parlement faisait défense « de prêter aide et concours aux juifs pour commercer, à tous cabaretiers et autres de les loger plus de vingt-quatre heures, sous peine de 1,000 livres d'amende. »
Le Parlement exerçait en outre sa juridiction souveraine sur la librairie, l'imprimerie ; il enregistrait les privilèges des imprimeurs, des graveurs, des relieurs ; il exerçait la censure avec une extrême sévérité, condamnant certains écrits à être proscrits, lacérés, brûlés, faisant intervenir le bourreau dans ses exécutions pour leur donner une signification infamante et lugubre. Nous avons vu avec quelle vigilance il frappait les pamphlets contre la magistrature. Un autre épisode judiciaire mérite de trouver place ici pour montrer ce qu'étaient la liberté de la presse et l'ombrageuse susceptibilité du gouvernement.
Il y avait à Besançon, dans la seconde moitié du xvin e siècle, un libraire intelligent, actif et instruit, possédant 15 ou 16,000 volumes, ayant la prétention de former « un cabinet littéraire où, moyennant une faible rétribution, il comptait procurer à ses abonnés
les journaux, les papiers publics, un salon décent et les agréments d'une bonne société. » En 1765, il s'adressa à la municipalité, qui s'empressa tout d'abord de refuser l'autorisation nécessaire, puis finit par la concéder, « sous la réserve de l'examen du catalogue des ouvrages qu'il entendait débiter W. » Fantet établit alors dans la maison du conseiller Riboux, aujourd'hui Grande-Rue, 64, « une salle de littérature, où soixante personnes, moyennant vingt-quatre livres par an, pourraient causer librement et lire les ouvrages périodiques, mémoires, journaux, gazettes de France et de l'étranger, comme il se pratiquait dans les villes de Lyon, Rennes, Nantes, Rouen, etc. » Fantet espérait réunir ainsi tous ceux à qui leur position et leur goût permettaient de cultiver les lettres, magistrats, légistes, militaires et même des religieux ; mais Fantet, qui avait des amis nombreux, avait aussi des envieux, des ennemis. On le dénonça comme possédant et vendant des livres pernicieux capables de souiller l'imagination de la jeunesse, de séduire le cœur, de corrompre les mœurs. Les anciennes ordonnances étaient fort sévères, elles punissaient comme blasphémateurs non seulement ceux qui prononçaient les mots mort-dieu, sang-dieu et teste-dieu, elles condamnaient des peines les plus dures différents ouvrages, mais ces ordonnances n'étaient guère appliquées. Gomment poursuivre V Eloge de la folie, les Paraphrases sur les Evangiles j les épîtres et les colloques d'Erasme, dont les ordonnances prohibaient la possession
(1) Archives municipales, BB. 175, casier 1, rayon il, registre in-fol.