‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 66 sur 176 · ARRÊTS DU PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

ARRÊTS DU PARLEMENT DE PARIS

on voulait voir, toucher ces institutions mystérieuses, où, d'après l'opinion publique, se trouvait enseigné l'art de diriger les trônes ou de les renverser, et d'arriver à la domination universelle ; les femmes, les jeunes gens eux-mêmes, dit le comte de Saint-Priest, réclamèrent, avec l'ardeur de vieux légistes, ces documents fameux, et les statuts furent livrés à la curiosité publique.

Les jésuites furent tout d'abord énergiquement défendus dans le Parlement ; ils y avaient des partisans, et beaucoup de magistrats éminents estimaient que la persécution était une mauvaise politique, qu'il valait mieux réformer l'ordre que de le détruire. Cette opinion ne fut point écoutée; on représenta la société comme formant un Etat dans l'Etat, comme subissant en tout l'action de la papauté, comme antifrançaise. On finit par déclarer qu'elle ne pouvait plus être tolérée.

Trois arrêts successifs du Parlement de Paris la frappèrent dans sa doctrine de régicide qu'on l'accusait de professer, dans ses livres et dans son enseignement. L'arrêt de 1782 disait qu'il y avait abus, et prononçait la dissolution de la société ; il était foudroyant pour la compagnie, il déclarait « l'institut inadmissible par sa nature dans tout Etat policé, comme contraire au droit naturel, attentatoire à toute autorité spirituelle et temporelle, et tendant à introduire dans l'Eglise et dans l'Etat non un ordre aspirant à la perfection évangélique, mais un corps politique dont l'essence consiste dans une activité continuelle pour parvenir, par toutes

sortes de voies directes et indirectes, sourdes et publiques, à une indépendance absolue, et successivement à l'usurpation de toute autorité. »

Le roi se refusa d'abord à toute mesure violente et tenta de conjurer le danger en faisant proposer au général Ricci une revision des statuts : « Sint ut sunt, mit non sint, » répondit le supérieur des jésuites. Cette énergique et magnifique réponse rendait toute conciliation impossible. Le déchaînement de l'opinion publique fut violent. A la cour, les jésuites avaient contre eux M mc de Pompadour et le duc de Choiseul. Le roi, qui préférait les jésuites au Parlement, mais qui, avant tout, préférait sa tranquillité, finit par ne plus prêter grande attention aux cris de cinquante évêques qui défendaient les jésuites, et céda devant la crainte de la magistrature et sous l'impression de l'impopularité qui atteignait la compagnie de Jésus.

Le Parlement de Paris avait donné le signal de l'attaque ; son exemple devait être suivi par la grande majorité des cours souveraines, disposées à obéir à l'entraînement commun.

A Besançon, sur le rapport du conseiller Simon, la cour du Parlement, sans se soucier des hésitations du roi, entra en guerre contre la corporation et prescrivit, le 27 mars 1762, que « dans trois jours, à compter de la signification de l'arrêt, le supérieur ou, en son absence, le plus ancien de la maison des jésuites établie à Besançon mît au greffe un exemplaire de l'Institut ou Constitutions de la société, notamment de l'édition faite à Prague en 1757. » Des commissaires furent

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