‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 67 sur 176 · LE PARLEMENT DIVISÉ EN DEUX CAMPS · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT DIVISÉ EN DEUX CAMPS

nommés avec mission d'examiner les pièces produites, et le conseiller Renard fut chargé du rapport. Dans un travail fort étudié, ce magistrat examina la création de Tordre, son régime, ses privilèges, son enseignement. Il soumit au Parlement une foule de bulles, de .mandements, d'ouvrages de controverse, et conclut à la déchéance de l'ordre. Mais ce rapport, auquel certains parlementaires reprochèrent de manquer de vigueur et d'énergie, fut repoussé par d'autres comme entaché de partialité ; une discussion s'éleva et donna lieu à une scène des plus orageuses. L'opinion s'émut, et comme toujours à cette époque, des libelles circulèrent et vinrent augmenter l'animation publique.

Le registre de la congrégation du collège avait été découvert, révélant les noms de plusieurs magistrats associés à la congrégation, des Talbert, des Caseau, des Simon, des Hugon, des d'Orival, des Chiflet, des de Chaillot ; un pamphlet violent appela l'anathème sur les parlementaires affiliés à la société. « Comment, s'écrie l'auteur, serait-il possible que dans une affaire où il s'agit d'examiner les vices d'un institut, les égarements de la morale et les erreurs de la doctrine des jésuites, les officiers du Parlement qui sont membres des congrégations dites de Messieurs pussent rester à leur place et prendre connaissance de l'affaire, surtout après que les congrégations établies dans la direction de la société ont été déférées au Parlement par la dénonciation la plus directe et la plus précise ? » De leur côté, les partisans de la société multiplièrent leurs attaques. Un jésuite, le P. Debiez, originaire de Dole, fit

distribuer à Besançon, par des écoliers de physique, un libelle anonyme contenant les injures les plus graves contre les conseillers Petitcuenot et Renard ; un autre jésuite répandit dans le public une chanson contre les philosophes et les ennemis de la société de Jésus.

Le Parlement se divisa. L'institut comptait parmi les parlementaires un assez grand nombre d'ennemis. A la mort de Louis XIV, une réaction s était produite contre les idées religieuses, dont le roi avait été à la fin de sa vie Tardent et impitoyable défenseur. Cette hostilité contre l'autorité religieuse n'avait envahi que lentement les familles parlementaires et celles appartenant à la noblesse de cour, mais elle y avait cependant pénétré peu à peu. Les principes nouveaux avaient fini par gagner toutes les classes de la société. La plupart des magistrats comtois étaient jansénistes de dogme ou de parti et ne pouvaient oublier l'attitude des jésuites contre le jansénisme; ils acceptaient les idées de la philosophie du temps, et ne pouvaient qu'être défavorables à un ordre qui combattait à outrance et sans faiblir jamais, pour son Dieu et pour sa foi. Enfin quelques-uns regardaient les ordres religieux et en particulier l'ordre des jésuites comme inutiles, sinon dangereux ; ils les considéraient comme des ennemis de l'Etat, parce qu'ils défendaient les doctrines de Rome ; ils les redoutaient comme leurs propres ennemis, parce qu'ils attribuaient à leur influence la résistance que le pouvoir royal avait opposée aux entreprises des Parlements, parce qu'ils les savaient hostiles à la magistrature et qu'ils les soupçonnaient d'avoir provoqué les

Page 1