SAISIE PAR HUISSIER ET REGORS
partie payés, et que le 8 mai 1761, le Parlement eût donné acte aux jésuites des acomptes effectués, deux huissiers au Chàtelet de Paris, Gisors et Bourdinghain, arrivèrent inopinément à Besançon le 4 novembre 1762, accompagnés de plusieurs cavaliers du guet, se rendirent au couvent des jésuites, saisirent et mirent sous leur main mobilier, denrées et papiers, et même les vases sacrés, puis, craignant d'être décrétés et arrêtés, s'empressèrent de partir. : Les élèves qui venaient de rentrer au collège après les vacances de Pâques, et la majeure partie de la population protestèrent contre l'envahissement du collège par les huissiers et les recors. L'émotion populaire fut très vive. Les représentants de la ville, subissant l'influence de l'irritation publique, craignant l'émeute, blessés eux-mêmes de ce que Ton traitait avec autant de rigueur un collège qui contribuait à la prospérité de la cité, qui avait été fondé par les anciens gouverneurs, vinrent demander justice au Parlement, prétendant dans leur requête « qu'il était de leur devoir de prendre des précautions pour assurer les biens et revenus qui, par leur destination naturelle, sont invariablement affectés à la subsistance et entretien des religieux du collège, au bien de la religion et à l'instruction publique ; ajoutant que la saisie était irrégulière et aventureuse, qu'elle confondait les intérêts des jésuites et ceux de la cité, qu'elle était vicieuse et touchait à des choses inaliénables, à des personnes qu'aucun jugement n'avait atteintes. »
Le conseiller d'Orival fut chargé du rapport : il fît valoir les arguments de la ville, flétrit la conduite de
Thuissier Gisors : « L'auguste sacrement de nos autels, dit l'honnête magistrat, n'a point été à l'abri de la curiosité de cet huissier ; il a porté la témérité jusqu'à pénétrer dans le sanctuaire et à exiger qu'on lui ouvrît les portes du tabernacle pour jeter un regard audacieux sur les vases qui voilent les saints mystères, et il les a sacrilègement compris dans sa saisie. » Le 24 novembre 1762, le Parlement donna gain de cause à la ville.
L'arrêt était de nature à rassurer les jésuites, mais de nombreux collèges, plus de quatre-vingts sur cent vingt-quatre, se fermaient ; d'innombrables pamphlets provoquaient l'exclusion de l'ordre. La corporation ne pouvait être que fort inquiète. Le 11 février 1763, le P. Garnier écrivait de Dole au P. Rouvier : « La nouvelle de l'arrêt d'Aix qui nous proscrit n'est pas la plus mauvaise ; il y a une déclaration du roi qui est annoncée comme le dernier coup porté à la société, elle ordonne que les biens des jésuites seront vendus au profit de leurs créanciers, que les bénéfices unis seront provisoirement régis par l'économat pour fournir aux appointements des nouveaux maîtres et aux pensions qu'on donnera aux anciens. Nous n'avons point encore vu cette déclaration ; il est certain qu'elle a été enregistrée à Paris. Reste à savoir si elle regarde tout le royaume ou seulement les ressorts où les jésuites ont été proscrits, car on nous assure que le roi laisse aux Parlements, qui n'ont pas encore prononcé, la liberté de ^jkhis conserver. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de temps à perdre, il faut vendre tout ce qu'on pourra ; voyez si vous pourriez faire cette affaire dont vous m'avez parlé.