OPINION DU PRÉSIDENT TERRIER
Tout cela doit se faire sans bruit et sans éclat, comme bien vous comprenez. Tout n'est pas absolument désespéré, mais il ne faut pas se dissimuler que le danger est plus grand que jamais » Dans une autre lettre, la même recommandation de vendre se retrouve : « Les choses, dit le P. Garnier, ne vont pas si vite qu'on le croyait. Les délais sont à présent tout ce qui peut nous arriver de mieux. Si vous pouvez continuer à vendre quelque chose, faites-le à petit bruit, c'est le plus sûr. » Enfin, le 19 février, dans une troisième lettre, il écrit : « Rien de nouveau, mais toujours grands sujets de trembler; vendez tout ce que vous pourrez et comme vous pourrez, sans bruit s'il se peut »
Heureusement pour la société, la majorité des magistrats lui était encore acquise. Le Parlement ne voulut pas suivre le mot d'ordre de la magistrature de Paris, et tint bon pendant près de deux années encore en faveur des exilés. Le président Terrier fut de ceux qui les défendirent avec le plus de talent ; il prétendit « qu'un citoyen, et encore moins un nombre considérable de citoyens, ne pouvait être condamné sans avoir jamais été accusé, sans connaître son crime ; que si les jésuites avaient enseigné une doctrine parricide, séditieuse ou meurtrière, il fallait décréter les coupables, les en cendre, confronter les témoins ; qu'une corporation établie légalement, fondée sur les titres les plus inviolables, ne pouvait être détruite que par les mêmes voies qui l'avaient
(1) Archives du Doubs. Collège des Jésuites, B. 3802. ^? '2) IdemT"^ - ~~
constituée, par lettres patentes du roi. » Il examina les statuts. « L'obéissance, telle qu'elle se pratique chez les jésuites, ne saurait nous alarmer ; en aucun temps un jésuite n'a commis un crime pour obéir à ses supérieurs ; le seul effet sensible qu'elle ait eu parmi nous a été de les voir entreprendre pour la gloire de Dieu des choses qui paraissaient au-dessus des forces naturelles et que le vœu d'obéissance pouvait seul rendre possibles. » Il montra que toutes les accusations portées contre les écrits des jésuites n'étaient que mensonges inspirés par la haine. « Si quelqu'un, il y a dix ans, eût osé proposer dans un libelle de détruire les jésuites, à cause des vices de leur institut, de la perversité de leur doctrine et du scandale de leur conduite, il eût certainement passé pour un calomniateur extravagant et eût été puni comme tel ; je ne puis croire que les choses étant dans le même état, nous devions porter un jugement différent. »
La majorité se rangea de son avis. L'agitation se calmait, l'apaisement se produisait dans l'opinion, lorsxju'en novembre 1764, le roi signa ledit d'exclusion.
L'édit était-il bien définitif? Le roi ne reviendrait-il pas sur une aussi grave détermination ? Des évêques, des magistrats, tentèrent encore des démarches, portèrent au roi de respectueuses représentations. Le Parlement décida qu'il lui serait adressé des remontrances dans le but d'obtenir sinon l'annulation, du moins la modification de l'édit.
Ces remontrances longues et détaillées ne peuvent guère s'analyser. Le Parlement rappelle l'installation