DE MONNIER CONTRE M IRA RE. VU
séduire sans difficulté. Le roman, commencé en France, devait se continuer en Suisse, en Hollande et à Paris. Un beau jour, le 24 août 177G, tous deux s enfuirent en Suisse, puis en Hollande, emportant plus de 25,000 fr. au mari.
Mais ils étaient bientôt arrêtés à Amsterdam par un inspecteur de la police française. Mirabeau était renfermé à Vincennes, où sa détention se prolongeait plus de trois années. Des le début le Parlement de Besançon avait été saisi de la poursuite et avait déclaré Mirabeau coupable de rapt, en ordonnant qu'il serait décapité en effigie. A sa sortie de Vincennes, Mirabeau entreprit de faire tomber l'arrêt qui le condamnait à la peine capitale, et se constitua dans la prison de Pontarlier afin de purger sa contumace.
C'est alors que de nombreux mémoires furent produits en son nom comme au nom de M. de Monnier. Le jour même de l'enlèvement, une lettre avait été apportée des Verrières-Suisses à une dame Barbaud, à Pontarlier, avec mission de la remettre à M me de Monnier. Cette lettre, qui paraissait écrite par Mirabeau, indiquait à M mc de Monnier le moyen d'arriver à une évasion ; mais au lieu d'être transmise à destination, elle fut confiée à M. de Saint-Mauris, commandant du fort de Joux, qui la communiqua à M. de Monnier. Il s'agissait de savoir quel en était l'auteur et quelles conséquences on pouvait en déduire. D'un autre côté, Mirabeau se plaignait d'être retenu dans la prison de Pontarlier, et demandait son élargissement provisoire. Il eut pour conseils Courvoisier, Rainguet et Lombard;
mais s'il leur laissa le soin de discuter des points de droit, ce fut lui-même qui se chargea de sa défense. Il y apporta la fougue, î 'énergie et le talent qui le distinguaient. Son style est déjà ce qu'il sera un jour : c'est le lion qui rugit.
Mirabeau le premier sentait la valeur de ses écrits. « Si ce n'est pas de 1 éloquence inconnue à nos siècles barbares, disait-il, je ne sais ce que c'est que ce don du ciel si séduisant et si rare. » Il n'attaque pas et ne pouvait attaquer M. de Monnier, mais il lui fallait des victimes, et c'est l'avocat du roi Pion, c'est M. deSaint- Mauris, c'est le substitut Lombard qu'il poursuit de sa haine et de sa fureur. Il s'en prend surtout au substitut; il soutient qu'il est cousin de M. de Monnier au quatrième degré, et il le montre, malgré cette parenté qui lui ordonnait de se récuser, jouant le rôle principal dans la revision du procès, supposant à l'élargissement ; il le qualifie de magistrat prévaricateur. Les premières pages du troisième mémoire sont dignes d'être citées : « Nous lasserons le comte de Mirabeau, a dit l'avocat de M. de Monnier, à l'audience du 27 avril, et ces mots indiscrets qui lui sont échappés dévoilent mieux les vues de mes adversaires que ne le pourraient faire des volumes entiers. Non, vous ne me lasserez point, et vous ne me verrez pas plus abattu par l'adversité qu'enflé par la fortune. Mais quels sont donc vos triomphes, que je doive être consterné? Quels sont vos moyens, que je doive trembler? De quelles preuves nouvelles prétendez-vous m'accabler? Je n'ai point obtenu mon élargissement provisoire? Eh bien?