‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 78 sur 176 · LA DÉFENSE DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DE MIRABEAU

les juges étaient les maîtres d'accorder ou de refuser cette faveur entière ont indifférente au fond du procès. Ils ont 01 donne la vérification de la lettre. Que m'importe ? Cette lettre n'est pas de moi et ne prouve rien, puisqu'elle est contradictoire à l'évasion de M mc deMonnier. La chambre de la tournelle m'a renvoyé à d'autres sièges. Avais-jc donc beaucoup à me louer des premiers? Vos moyens vous paraissent-ils invincibles? etc. » Mirabeau discute ces moyens et continue ainsi :

« Voilà donc vos trophées! voilà les motifs de la présomptueuse confiance qui vous a fait prédire votre victoire complète, comme vous avez annoncé l'arrêt de messieurs de la tournelle trois jours à l'avance ! Eh bien ! «'coûtez moi : je porte ici la paix ou la guerre, ai-je dit en commençant, et l'on m'en a fait un reproche. Cependant si l'on m'eût répondu comme à Fabius : choisissez vous-même ; j'aurais choisi la paix, car des raisons sans nombre me faisaient un devoir de la modération, que j'ai toujours regardée comme une vertu d autant plus haute que mon caractère me la rend moins naturelle. Mais après tant de calomnies et d'outrages, après trois mois d'une détention si indécente et si cruelle, je réclame avec confiance le droit qu'a tout opprimé de montrer à ses oppresseurs une inflexible fierté, et je dis à M. de Monnier, à ses défenseurs : Je me ris de votre verbiage, de vos sophismes, de vos intrigues, de vos succès : vous ne sortirez pas du cercle que je vous ai tracé, et c'est à vous désormais à recevoir la loi. »

Un jour Eschine, emporté par son admiration pour 1 éloquence de Démosthène, contre lequel il avait plaidé

dans le procès de la couronne, se mit à lire devant son école le discours de son adversaire. Les disciples, entraînés par Fart admirable de ce plaidoyer, ne purent retenir leurs applaudissements.

« Que serait-ce, s écria Eschine, si vous eussiez entendu le lion lui-même? »

Il faudrait avoir entendu Mirabeau lui-même, cette voix vibrante d'indignation et de colore, avoir vu cette tête superbe de laideur, s'éclairant du feu du génie, pour se rendre compte de l'effet produit sur l'auditoire par le terrible jouteur.

Les mémoires de l'adversaire de Mirabeau sont clairs, précis, corrects, comme le pouvaient être des pièces signées des noms de Seguin, de Quirot, d'Ordinaire, de Blanc ; mais quelle différence entre cette froide argumentation et le torrent déchaîné de cette passion qui subjugue !

Le Parlement n'eut pas à statuer. Un plein succès couronna l'audace de Mirabeau; une transaction vint lui donner cette paix qu'il offrait, et mettre à néant toute cette procédure.

Une autre contestation, portée devant les tribunaux pendant la dernière partie du litige entre deux présidents du Parlement, fit scandale.

En 1747, le président de Chàtillon, créancier hypothécaire du premier président Boisot, fit saisir et arrêter entre les mains du payeur des gages la somme qui lui était duc. Le premier président se pourvut en mainlevée de la saisie, et fit valoir de nombreux arguments puisés dans le livre de Loiseau, qui ne laisse rien à dire

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