‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 8 sur 176 · NAISSANCE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

NAISSANCE DU DAUPHIN

dustrie. » Et après avoir énuméré les principales dispositions de la coutume, le Parlement conclut ainsi : <r La mainmorte n'a aucun rapport avec l'esclavage ; c'est une convention dont les effets les plus rigoureux n'affectent que les biens et qui ne compromet point la liberté de la personne, puisqu'elle laisse au débiteur le droit de rompre le contrat quand il veut. » Droz fit valoir à peu près les mêmes arguments : « Quelque compassion que méritent les personnes que le destin a placées dans les classes inférieures, la cour, chargée de maintenir les droits de tous les ordres, ne peut disposer des propriétés des riches en faveur des pauvres.... Aux yeux de la justice, les droits du roi et des seigneurs, ceux des sujets et des vassaux ne méritent d'égards qu'autant qu'ils sont légitimes. Le Parlement a cru devoir ménager les propriétés réelles et féodales fondées sur la coutume et la possession 0). » L'argument n était pas sans valeur ; beaucoup de nobles n'avaient nulle fortune, et peut-être eût-il été équitable, au lieu de sacrifier complètement les droits féodaux, d'offrir au paysan de s'en racheter à des conditions modérées et peu onéreuses ; c'était respecter des droits acquis de temps immémorial et donner en même temps satisfaction à la grande partie des cultivateurs, qui n'auraient pas exigé d'autres concessions.

En 1781, le Parlement prit part à la joie éclatante que causa la naissance du Dauphin ; ce fut dans toute la France une allégresse générale qui se traduisit par

(1) Droz, Mémoires, p. 156 à 160.

des fêtes et des spectacles. La Franche-Comté voulut, selon l'expression d'un journal du temps, <r célébrer la jeunesse et la beauté assises sur un trône couvert de trophées, et se glorifier de la naissance d'un enfant issu d'une famille de héros, héritier de leurs vertus et de leurs grâces, l'objet des vœux de tous les Français. » A Besançon, « une magnificence plus éclairée, dit ce même journal 0), chercha à conserverie souvenir de ces fêtes et à rendre encore plus intéressants ces grands événements, en versant ses bienfaits sur la classe laborieuse et indigente de la population. Trois fontaines en différents quartiers versèrent du vin en abondance. Le chapitre distribua des mesures de blé. L'archevêque fît élargir des conciergeries des prisonniers détenus pour dettes civiles. L'intendant de la province, M. de Lacoré, répandit dans toutes les prisons, et en particulier dans l'hôpital royal des mendiants, les secours les plus abondants, et fit choisir dans chacune des sept paroisses de la ville une fille qu'il dota libéralement et dont il voulut assurer le mariage; les futurs époux furent assemblés à dix heures du matin à l'hôtel de l'Intendance, conduits à la cathédrale et présentés par M. et M me de Lacoré à Tévêque de Rhodes, qui bénit luimême ces unions ; un repas somptueux, où prirent part un grand nombre de personnes des plus distinguées, leur fut offert à l'Intendance. » Les magistrats devaient nécessairement s'associer à ces actes de générosité. Ils se chargèrent des frais de nourrice de quarante en-

(1) Âffickes de la Francfie-Comté du 26 novembre 1781.

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