MISERE PUBLIQUE. LA FAMINE
de souliers en argent, afin d'acheter, avec leur valeur, du blé à distribuer aux indigents (0. A la même époque, sur la proposition de Necker, un décret imposait à tous les habitants du royaume une contribution extraordinaire fixée au quart du revenu de chacun, et qui devait être acquittée par tiers, en trois années. La commune de Besançon, s'associant au vœu de l'Assemblée nationale, engageait toutes les personnes ayant plus de 400 livres de revenu à en abandonner le quart à la patrie Le décret de l'Assemblée, confiante dans les sentiments d'honneur et de désintéressement de la nation, avait déclaré qu'il ne serait fait aucune inquisition ni recherche pour découvrir si chaque citoyen avait fourni une contribution en rapport avec ses movens. Mais des abus s'étaient révélés, et les municipalités avaient été chargées de vérifier et de rectifier les déclarations notoirement infidèles. On comprend de quelles précautions durent sentourer ceux qui se trouvaient exposés à ce contrôle inquisiteur. Il y eut une sorte d émulation de pauvreté. Enfin, les gelées du printemps avaient détruit la plupart des récoltes. Le pain devenait hors de prix. Pour surcroît de malheur, les provinces voisines de la Comté, la Lorraine, le duché de Bourgogne, la Champagne, non moins cruellement éprouvées, fermaient leurs marchés. Le peuple souffrait de la faim; on ne l'alimentait que jour par jour, et à grand'peine. L'hiver était des plus rigou-
(\) Archives municip. BB. 201, casier 1, rayon 12. (?) Archives municip. BB. 201, casier 1, rayon 12.
reux, le froid des plus intenses. Le Doubs fut gelé pendant deux mois, puis survinrent, dans la nuit du 26 au 27 janvier 1789, des inondations subites, qui emportèrent le pont de Bregille 0). Les blés n arrivaient à Besançon que difficilement, et l'approvisionnement de la ville ne se faisait qu'avec une lenteur inquiétante. Aussi le blé se vendait-il 7 livres 10 sols la mesure de 36 livres. Le Parlement, l'assemblée générale de la commune, multipliaient leurs décisions pour empêcher la sortie des grains. Les magistrats, dont l'une des principales préoccupations était d'empêcher la disette, redoublaient surtout de vigilance, autorisant les simples citoyens à saisir les grains, farines et légumes dans tous les cas de contravention aux règlements, excitant la vigilance, proposant pour récompense la moitié des grains confisqués. Il y eut, dans les classes riches, un grand mouvement de charité, de bienfaisance, de générosité pour le pauvre.
Mais toutes ces mesures n'empêchaient pas les appréhensions, la crainte de la famine. L'exaltation était fort vive et ne faisait que grandir. Dès les premiers jours de mars, le bruit se répandit que le Parlement avait contribué à la disette ; on citait des propos au moins imprudents, attribués à certains parlementaires; on prétendait que l'un deux, voyant en 1771 un rassemblement devant ia boutique du boulanger Léchine, rue Saint-Vincent, avait demandé si cette canaille était faite pour manger du pain « de froment ; » on affirmait que
(1) Archives municip. BB. 200, casier !, rayon 12.