ÉMEUTE CONTRE LES MAGISTRATS
certains magistrats avaient leurs greniers remplis de <rrains, insinuations perfides que rien ne justifiait, que la cour n'était point fâchée de propager pour dépopulariser les Parlements, mais que l'opinion publique acceptait- Un peuple qui souffre, qui se demande s'il mangera demain, accueille aisément les bruits les plus invraisemblables, les dénonciations les plus calomnieuses. Rien de plus facile dans les grandes détresses publiques, où tout le monde est irrité et alarmé, que de provoquer les haines, de désigner au peuple malheureux un nom, un homme ou une corporation responsable de la misère. On accusa les parlementaires de ne pas se soucier des intérêts du pays, de ne rien faire pour lui venir en aide ; et cependant la plupart, des magistrats ouvraient leur bourse à l'indigence, fréquentaient les bureaux de charité de la ville, et, secouant tout préjugé, essayaient de secourir les pauvres, les malades, jusque dans leur domicile, dans les réduits les plus affreux. Le 29 mars 1789, vers cinq heures, un rassemblement d'environ cent cinquante personnes se forma près de l'hôtel du président de Vezet. Une émeute éclata et signala les conseillers à la vindicte publique. Leurs maisons furent marquées pour le pillage; Tun d'eux, Bourgon, faillit être massacré; il avait soixante-douze ans, il avait consacré quarante années d'une vie active et laborieuse aux pénibles fonctions de la magistrature et surtout à la défense des droits de ses concitoyens ; mais son intégrité, sa sévérité comme juge, ses énergiques protestations contre les excès du pouvoir, lui avaient créé des ennemis. Il
était, à sept heures du soir, chez sa parente, M ,,c de Lacour, lorsque la maison fut assaillie à coups de pierres, envahie par des forcenés ; menacé de mort, il put à grand'peine, après avoir prudemment changé de costume, gagner une habitation voisine et se réfugier chez le premier président. Cette scène de violences, de menaces, de vociférations, avait duré trois quarts d'heure, pendant lesquels la demeure du conseiller Bourgon, placée rue du Clos, avait été le théâtre du plus horrible brigandage, pillée, saccagée; ses meubles, son linge, ses vêtements, ceux de sa famille, son argenterie, ses papiers, ses titres de propriété, avaient été volés. Ses enfants, fort jeunes, avaient dû être enlevés par-dessus les murs pour échapper à la rage des assaillants 0).
D'autres magistrats, de simples citoyens, furent aussi victimes de violences plus ou moins graves. La maison du président Talbert, qui était située Grande-Rue, en face de l'église Saint-Maurice, eut ses fenêtres brisées et fut envahie par le peuple, qui le considérait comme un accapareur. La famille de ce magistrat fut contrainte de fuir en franchissant un mur de clôture à l'aide d'une échelle (*). Chose étrange, l'armée, qui se composait de
(1) Extrait des registres du Parlement, séance du 31 mars 1789. (Annales françaises de Sallier, édit. 1813, p. 301. Moniteur du 28 au 29 juillet 1780 )
(2) D'autres émeutes occasionnées par la cherté des grains s'étaient déjà produites à Besançon. En 1740, un attroupement composé en majeure partie de femmes de Battant, de Charmont et d'Arènes, se porta chez plusieurs habitants pour y trouver des dépôts de blés, entra à Charmont chez un conseiller au bailliage, M. Jobard, brisa les meubles, pilla les denrées. Le régiment de Picardie dut intervenir. II y eut de nombreuses arrestations;