‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 92 sur 176 · LE MARQUIS DE LANGERON · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LANGERON

quatre régiments, n'essaya même pas de s'opposer à ces scènes scandaleuses de violence, de réprimer ces odieux abus de la force. Il y avait sur la place Saint-Maurice, d'après le Journalier de Charles Varin du Fresne, un piquet de cavalerie qui, ne recevant pas d ordres, restait larme au bras et laissait la populace agir à sa volonté et satisfaire ses haines personnelles. La garnison était commandée par un homme dévoué aux idées nouvelles, qui voyait dans les magistrats sinon des factieux, du moins des adversaires plus ou moins redoutables, et qui prenait piaisir à les terroriser. Le marquis de Langeron joua dans cette journée un assez triste rôle; dévoué au roi, mais désireux de conquérir la popularité, il eut le tort de faire cause commune avec les émeutiers et de ne point comprendre que son devoir était avant tout d'empêcher des scènes de sauvagerie, de défendre des femmes et de malheureux enfants. Il était arrivé à Besançon avec des préventions, avec le désir de soumettre tout le pays à son despotisme, à ses volontés arbitraires, et ne dissimulait point son mépris pour les habitants, qu'il appréciait en ces termes : « Quand on connaît le caractère des Comtois, on ne doit point s'embarrasser de leur fougue ; ils sont impétueux,

une femme Brodot fui condamnée et appliquée au carcan, une autre femme fui pendue. On conduisit dans les prisons de Lyon le pâtissier Nicole et le perruquier Muneret, prévenus d'avoir tenu des propos inconvenants contre l'intendant, M. de Vanolles, d'avoir montré une gravure où cet intendant figurait avec un sac de blé sur ses épaules. Les préventions contre M. de Vanolles étaient si vives que M. de Mailly, passant sur le pont au moment de l'émeute, le peuple, croyant voir en lui Tin tendant, faillit le précipiter dans la rivière. (Manuscrits Quirot.)

colères, sans éducation ni instruction, ils n ont aucune suite dans la tète ni en affaires. » Obéissant aux mouvements de l'opinion, il fit tous ses efforts pour mettre les bailliages et les municipalités en hostilité avec le Parlement, pour susciter aux magistrats des difficultés el eut, sur les événements de cette époque troublée, un*> influence funeste.

Irrité à juste titre de l'agression dont avaient failli être victimes plusieurs de ses membres, le Parlement s'empressa de se réunir le 31 mars, flétrit tous ces désordres et essaya de les réprimer. Il manda devant lui le marquis de Langeron ; le procès-verbal de la séance nous donne de nombreux détails. Le marquis s excusa, en prétendant « qu'il ne devait prêter main-forte que lorsqu'il en serait requis; que les armes des troupes ne lui paraissaient devoir être offensives que contre les ennemis de l'Etat; que vis-à-vis des citoyens, elles étaient simplement ostensibles et faites pour en imposer aux personnes mal intentionnées : » raisonnement pitoyable, digne d'un homme tout prêt à pactiser avec l'émeute. Le marquis de Langeron ajouta « qu'il lui était parvenu une liste des maisons destinées au pillage, à la tête de laquelle étaient celles de plusieurs membres de la cour, qu'il avait pourvu à la sûreté de quelques-unes de ces maisons. » Puis le premier président invita le conseiller Bourgon à. faire le récit des événements qui lui avaient été personnels » Ce récit terminé, les magistrats ne ménagèrent pas au

(1) Archives du Doubs. Délibérât, de la cour.

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