LE MARQUIS DE LANGERON DEVANT LE PARLEMENT
marquis les observations sur son étrange, sa perfide attitude: ils représentèrent « que les délais qu'entraînerait la nécessité de la réquisition des tribunaux exposeraient une ville entière aux plus affreux désastres, que la demeure d'un citoyen était sacrée, qu'au premier cri de celui qui se voit menacé d'une invasion dans cet asile inviolable, le devoir de tout autre citoyen (Hait de voler à son secours, que ce devoir était surtout imposé à ceux qui exercent la profession aussi noble qu'utile de défendre la patrie '0. » Le marquis parut comprendre la gravité de la situation. Le Parlement l'invita et au besoin le requit « de donner des ordres tellement positifs, qu'au premier danger, la force militaire fût efficacement et surtout avec promptitude opposée aux entreprises de la sédition. » Le conseiller Varin complète ces détails dans son Journalier, et s'exprime ainsi : « Messieurs et surtout votre serviteur représentèrent si fortement au marquis les conséquences fâcheuses de pareils ordres, qu'aussitôt il s'y rendit; mais ils n'ont pu être exécutés que vers le soir du même jour, 31. Les excès continuèrent sous prétexte de visiter les maisons à bled ; des médians, ayant mis des enfans en avant armés de bâtons, se
leiiuireniuu paitu» uans ia seanuu ue m liuumce. iu. ic
commandant et M. le premier président les arrêtèrent et les désarmèrent par la force de la persuasion; plusieurs particuliers de la ville furent victimes de ces
(1) Archives du Doubs. Délibérât, de la cour. Révolution de Franche- Comté, vol. 1. Biblioth. du chapitre.
insensés; les bons citoyens gémissaient et s'apprêtaient à les repousser par la force. Le 1 er avril ne fut pas si orageux, mais il pouvait être plus cruel par un genre d'attaques imprévu. On a trouvé chez les Pères Bénédictins des torches allumées, chez d'autres des traînées de poudre; on en a été quitte pour la peur. On a calmé les esprits par des secours de bled (*). »
i,e Parlement avait pris des mesures immédiates; le 31 mars il avait rendu un arrêt prescrivant une information ; plus de cent cinquante témoins avaient été entendus. L'information avait établi que « la cherté du blé n avait été que le prétexte-et non le vrai motif des désordres, puisque les maisons livrées de préférence aux excès de la multitude ne renfermaient point de blé, que, de l'aveu même du commandant en chef, une liste parvenue jusqu a lui désignait les maisons vouées au pillage, et qu'à la tête des proscrits se trouvaient plusieurs magistrats ; mais le Parlement ne crut pas devoir se réserver la solution définitive de la poursuite, et le 22 avril 17< Q 0, il écrivit au roi pour demander l'attribution à une autre cour du jugement des accusés. « Dans ces moments de trouble et d'effervescence, écrivait le Parlement, où toutes les passions sont en jeu, les principes méconnus et les meilleures intentions calomniées, votre Parlement, Sire, voudrait prévenir jusqu'à la possibilité même de la défiance la plus injuste; il désire que Votre Majesté le dispense
(1) Le Journalier de Thomas Varin d'Audeux, continué par Charles Varin du Fresne, appartient à M. Varin d'Ainvelle. M. Gauthier l'a publié dans le Recueil de V Académie de 18S6.