INFORMATION JUDICIAIRE
de cet homme, on nous a répondu que, depuis plusieurs jours, M. de Mesmay avait fait dire que tous les habitants de Vesoul pouvaient aller à Quincey en son château, qu'il avait donné Tordre qu'on les fasse bien boire ; que, pour lui, il était obligé de partir pour trois raisons : la première, qu'il était protestant, la seconde, parlementaire, et la troisième, secrétaire de l'assemblée protestante; qu'en conséquence, hier, on a donné à boire aux personnes qui se sont présentées, qu'on les a conduites dans un bosquet où on les a fait asseoir, et feignant d'aller chercher du vin, on est allé mettre le feu à la mèche d'une mine artistement préparée à côté du bosquet, qui correspondait à une autre placée dans une chambre à four, dont l'explosion a renversé tous ceux qui étaient placés dans l'entre-deux. et celle placée dans la chambre du four étant partie, a lancé les matériaux qui ont écrasé une partie des autres et estropié le reste.... » Et le procès-verbal ajoutait : « Que la populace, indignée du crime atroce commis sous l'auspice de la bonne foi, avait aperçu le feu dans le château, sans pouvoir dire si l'incendie provenait des domestiques ou de l'effet de la mine *
Tout ce procès-verbal fut accepté comme vrai sans contrôle. Il ne reposait que sur des témoignages qui se produisaient dans la chaleur de l'ivresse et le premier mouvement de la colère ; il n'en fut pas moins considéré comme une preuve décisive.
L'état extérieur du terrain et des bâtiments démenti) Biblioth. du chapitre. Révolution de Franche-Comté, vol. *?.
2o0 CHAPITRE X.
tait les assertions accusatrices. Aucune mine n'existait ; le toit et les murs de la chambre à four avaient été renversés, mais sans altération clans les fondations, sans excavation dans le sol. Le pavé même était resté à sa place. Puis le feu avait été mis au tonneau de poudre par trois soldats pris de vin, portant une lumière, qui avaient voulu voir ce que contenait ce tonneau, et avaient payé de leur vie leur curiosité et leur imprudence. Ces soldats portaient encore, sur leurs membres noircis et brûlés, des preuves non équivoques de Faction immédiate de la poudre et du feu.
La haine est aveugle. Non seulement le nom du seigneur de Quincey fut l'objet de l'exécration générale, mais la milice bourgeoise, spontanément formée pour maintenir Tordre dans la ville de Besançon, dut garder nuit et jour la maison de l'inculpé 0). Le Parlement lui-même tut de nouveau dénoncé comme contre-révolutionnaire; ses arrêtés furent une fois de plus attaqués comme hostiles.
M. de Mesmay aurait voulu se justifier, comparaître devant des juges; il n osait, il ne pouvait revenir en France. Il avait le devoir de se défendre, il publia, le 3 septembre 1789, un long mémoire qui pourrait être l'œuvre de Courvoisier, et rappelle le style un peu emphatique du brillant avocat; on ne pouvait lui refuser une information judiciaire, elle eut lieu de concert avec le Parlement et les magistrats de la ville de Vesoul; il fut reconnu, par une expertise émanée de
(1) Archives municip. BB. 201, casier 1, rayon 12.