‹ Le parlement de Franche-Comté, de son installation à Besançon à sa suppression, 1674-1790Chapitre 96 sur 176 · GUERRE AUX CHATEAUX. INSURRECTION · texte numérisé non relu

GUERRE AUX CHATEAUX. INSURRECTION

l'architecte contrôleur des bâtiments de cette ville, « qu'il n'y avait eu ni mines ni machinations quelconques, » et M. de Mesmay réussit enfin, sur la plaidoirie du professeur Courvoisier, à se faire réhabiliter ; il avait perdu son château, ses fermes, un mobilier précieux, ses vins, cent mille écus ; sa famille avait vécu dans d'horribles angoisses, il était condamné à habiter loin de sa patrie ; son innocence fut du moins reconnue. La commune de Besançon envoya au Parlement une députalion ayant à sa tête M. de Narbonne, avec mission de proclamer que l'inculpé n'était, en aucune façon, coupable des faits qui lui étaient reprochés. M. de Narbonne affirma nettement cette appréciation et protesta en même temps de son respect, de son attachement, de sa confiance pour la vieille cour souveraine; mais ces scènes d'orgie et de pillage n'en produisirent pas moins une perturbation dans tout le pays ; elles se propagèrent dans les environs de Vesoul ; ce fut le signal de la guerre aux châteaux ; des bandes armées parcoururent la campagne, elles brûlèrent plusieurs riches habitations aux environs de Lons-le-Saunier et de Besançon, saccagèrent le château d'Avilley sur la limite du Doubs et de la Haute-Saône, menacèrent les abbayes de Lure et de Clairefontaine, détruisirent le château de Vauvillers, pillèrent le château de Mollans, les villages de Fougerolles et de Sceaux 0). Le président Talbert fut attaqué par le peuple de Besançon et par les paysans du village de Nancray. Partout se déchaîna une hosti-

(I) Bibliotii. du chapitre. Hévolution de Francité- Comté, vol. ?.

lité ardente contre les nobles, les prêtres, les magistrats. Les populations semblaient croire que la brusque suppression des droits féodaux devait être le signal de l'abolition de tous les autres et de la propriété ellemême, le signal de tous les excès.

En août de cette même année, le 17 au soir, une insurrection, racontée avec détails dans les registres des délibérations de la municipalité, éclata parmi les soldats de la garnison de Besançon. Le palais de l'Intendance fut mis au pillage, et l'intendant, M. de Caumartin, fut obligé de fuir sous un déguisement ; les bureaux de l'octroi furent détruits ; le lendemain 18, des soldats allèrent rançonner des villages autour de la ville. Gomme à toutes les époques troublées, tout respect de l'autorité avait disparu, d'autant plus que l'autorité, sans énergie, tolérait la rébellion. Au lieu de réprimer avec vigueur tous ces désordres, le marquis de Langeron et le comte de Narbonne eurent recours à un étrange remède. Sur leur demande, la garde nationale convoqua les rebelles à une grande fête à Chamars. La ville, le séminaire, les maisons religieuses, payèrent les frais. Cinq mille hommes environ trouvèrent commode de se faire nourrir et abreuver largement. Le colonel de Narbonne, dans un brillant discours, fit appel à la discipline, célébra la concorde et l'union entre militaires et citoyens ; mais, la fête finie, les troubles recommencèrent. Le 20 août, un grand nombre de soldats envahit de nouveau la campagne. Les chefs militaires comprirent enfin la nécessité de sévir; la garnison pouvait être débordée par l'émeute et entraînée par

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elle. Les pillards furent arrêtés par la cavalerie restée fidèle ; le 20, on pendit un soldat et un bourgeois sur la place Saint-Pierre; le 21, deux soldats et deux bourgeois sur cette même place, et deux autres soldats sur la place Neuve, et le calme apparent se rétablit 0).

Le 19 septembre, la municipalité provoqua une nouvelle élection d'un corps de notables, à raison de douze notables par quartier ou bannière, au total 84.

Le 22 du même mois, la milice nationale s'organisa dans la ville de Besançon et arrêta son règlement et son service de discipline. Le même jour, la municipalité décida qu'un comité permanent, composé de deux conseillers de ville et de deux notables de chacun des quartiers, c'est-à-dire de seize membres, continuerait à siéger.

Le 22 octobre de cette même année 1789, les maire, échevins, conseillers au magistrat et notables se réunirent à l'hôtel de ville, et le chanoine Millot, qui, pour raison de santé, avait donné sa démission de député à l'Assemblée nationale et avait été remplacé par l'abbé Demandre, curé de Saint-Pierre, invoquant les besoins les plus urgents de l'Etat, demanda à tout citoyen ayant un revenu de plus de quatre cents livres de donner à la patrie le quart de ses ressources, sacrifice considérable, mais nécessaire. « Les finances de l'Etat, disait l'orateur, sont dans un désordre effravant. Le Trésor royal est vide, son crédit est nul, un emprunt reconnu indispensable ne peut le remplir. »

(U Archives municip. BB. 200, casier !, rayon 12. — Journal de Laviron déposé aux Archives.

L'anarchie allait croissant. L'ordre matériel ne tenait qu'à des gardes nationales et à des administrations sans force réelle. L exécution de lois odieuses bouleversait la province. La déchéance du roi était accueillie avec bonheur par ceux-là mêmes qui avaient protesté la veille de leur fidélité, de leur attachement au souverain, notamment par le maire de Besançon, Louvot, avocat d'opinions qualifiées modérées. La Terreur approchait; les communications entre provinces cessaient, la disette allait croissant. Les nobles fuyaient ou faisaient leurs malles à petit bruit, ramassant à la hâte le montant de leurs fermages. Le marquis de Toulongeon, qui commandait Besançon, ne partageant point les idées de son frère cadet, dénoncé à l'Assemblée législative, sortait de la ville avec son régiment, le 22 e de cavalerie, royaliste comme lui, pour gagner la frontière et émigrer à 1 étranger; le général de Wimpfen, suspect de royalisme, était, lui aussi, forcé de quitter Besançon et était remplacé par Charles Hesse, énergumène de lignée princière : chacun vivait inquiet, anxieux, dans l'attente des événements,

Depuis longtemps l'autorité des Parlements n'existait plus. Convoqués par une lettre du roi le 27 avril 1789 les Etats généraux avaient commencé leurs travaux le 25 mai; le 17 juin ils avaient pris le titre d'Assemblée nationale constituante et avaient absorbé toute l'omnipotence des cours de justice, avec la volonté bien arrêtée de détruire leur influence, puis de saisir le moment

(lj Révolution de Franche-Comté, vol. f. Biblioth. d\i chapitre.

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