LES AVOCATS ALLIÉS FIDELES DES MAGISTRATS
la puissance nouvelle et à se déclarer pour la France ; il en fut de même des avocats. En 1679, à l'occasion de la proclamation de la paix de Nimègue, qui consommait l'annexion de la Franche-Comté, un Te Deum fut chanté aux Cordeliers. et l'avocat Boisot prononça une harangue sur les avantages que la cité de Besançon était appelée à retirer de sa nouvelle situation C 1 ). La plupart des avocats partageaient les sentiments de Boisot. Toutefois ils hésitèrent tout d'abord à quitter Dole et ne vinrent s'établir à Besançon que lentement, sans se hâter et seulement en petit nombre; mais le barreau s'accrut rapidement en importance, quand, en 1691, Besançon se trouva doté de l'Université. Les professeurs de droit s'installèrent dans cette ville, où ils devaient occuper le premier rang parmi leurs confrères et jouir du privilège de plaider et de donner des consultations sans avoir besoin de se faire inscrire au tableau (*). Ils inaugurèrent leurs leçons avec solennité. Henri de Charnage, premier professeur de droit canon, prononça, le 14 novembre 1691, un long discours, et le 10 décembre suivant, le recteur magnifique, le professeur de Desnes, fit sa première harangue < 3 ).
Gomme par le passé, les avocats se montrèrent pleins de respect pour les parlementaires, et des rapports journaliers, résultant de l'assistance aux audiences,
(1) Registre in-folio 230. Archives municip., casier 1, rayon 7.
(2) Les professeurs furent dispensés de s'inscrire et obtinrent la permission « de consulter, écrire et avocasser avec les mêmes prérogatives qu'à Dole, » et cela malgré l'opposition des membres du barreau. (Biblioth. Richelieu, manuscrits, fonds Moreau, 902, fol. 213.)
(3) Registre 304. Archives municip., casier 1, rayon 8.
créèrent entre eux, malgré la différence d'origine et de
prérogatives, des liens qu'il était de l'intérêt de tous de
conserver aussi étroits que possible ; mais on aurait
tort de croire que jamais l'ombre d'un nuage n'est
venue troubler la bonne harmonie entre la magistrature
et le barreau. La solidarité qui les lie se montre infailliblement quand il s'agit de lutter contre le pouvoir royal pour obtenir une extension d'attributions ou s'opposer à l'établissement d'impôts écrasants. Ils font alors cause commune contre une autorité dont les circonstances font pour^ux un ennemi commun; mais ils ne sont cependant pas animés du même esprit. Issu plus immédiatement du peuple, vivant au milieu des masses, s'inspirant de leurs idées, le barreau obéissait à un sentiment d'indépendance qui ne pouvait être celui d'un corps appartenant à la noblesse ou en ayant les prérogatives. Aussi cette solidarité disparaît-elle dès que la dignité de ï'un ou de l'autre se trouve compromise. Les magistrats exigeaient des égards, des hommages, ils se montraient à bon droit susceptibles sur tout ce qui pouvait effleurer la considération dont ils avaient besoin pour eux-mêmes et vis-à-vis des populations. Les avocats, hommes instruits et habiles, entendaient de leur côté faire respecter leur indépendance, leurs privilèges et leur liberté; ne nous étonnons point si nous les rencontrons souvent aux prises avec les parlementaires. Les heurts, les conflits sont fréquents. Le premier s'engage sur une question qui nous paraît aujourd'hui futile, qui n'en atteignit pas moins les proportions d'une lutte sérieuse.