Arch. Nat., X<* 1478 f
5. Religieux de Saint-Denis. L. XXVII, ch. 1. — Jean Petit, né au pays de Caux vers 1360, docteur en théologie vers 1388, entra en 1405
vive quand le Parlement eut reçu les plaintes de cette Université contre les lettres de l'université de Toulouse, lettres qui blâmaient la soustraction et que l'Université de Paris qualifiaient d'injurieuses. Les plaintes furent présentées par Pierre Cauchon1, J. Broillot et d'autres orateurs. Quant aux lettres elles dataient déjà de plusieurs années, mais l'Université de Paris voulait les faire condamner pour priver Benoît XIII de son principal appui. De nombreux évêques, les maîtres des Requêtes de l'Hôtel, les membres de la Grand'Chambrc et de la Chambre des enquêtes étaient présents. Cauchon et Broillot demandaient qu'il fut fait justice au procureur du Roi et à l'Université de Paris de l'épître injurieuse. Maîtres Pierre Plaoul2, maître ès-arts, docteur en théologie et chanoine de Notre- Dame, et Jean Petit, docteur en théologie, parlèrent avec beaucoup de fougue et d'emportement contre ces lettres. Le lendemain, le Parlement nomma pour les examiner, et pour interroger les députés de Toulouse : maîtres Nicolas d'Orgemont, Gaillard Petit-Sayne, Pierre Lefèvre et Robert Mauger3.
au service du duc de Bourgogne et mourut le 15 juillet 1411. Il est célèbre par son apologie du tyrannicide qui lui avait été payée par Jean- Sans-Peur. Cf. E. du Boulay : Historia Universitatis parisiensis, t. V, p. 895. — Le cardinal Antoine de Chalant, savoyard, abbé de Saint- Michel de Cluse, évêque de Lausanne, cardinal-diacre du titre de Sainte- Marie in via lala (1404), archevêque de Tarentaise (1405), cardinal-prêtre de Sainte-Cécile (1405), mourut en 1418. (U. Chevalier, op. cit.).
1. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, de Lisieux, juge de Jeanne d'Arc, mort le 18 déc. 1442.
2. Pierre Plaoul « in sacra pagina excellentissimus professor », dit le Religieux de Saint-Denis. Il mourut, le 11 avril 1415, évêque de Senlis. V. L. Delisle : Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. II, p. 169.
3. 27 et 28 mai 1406. Arch. Nat., X»" 4787 f. 354, 356. v«— Journal de N. de Baye, t. I, pp. 157, 159. — Beligicux de Saint-Denis,L. XXVII, ch. 2. — Cf. Juvénal des Ursins, an 1400.
Le 7 juin, le Parlement, avant de prononcer, entendit encore Plaoul et Jean Petit; conformément à sa recommandation, leur discours était en français, pour être mieux compris de toute l'assistance. L'avocat du Roi, Jean Jouvenel1 répondit, puis l'assemblée se sépara. Le lendemain, Jouvenel reprit son discours, s'excusant de parler après d'aussi grands orateurs et craignant de sembler « un asne entre n anges ». L'affaire, dit-il, devait être renvoyée au Conseil du Roi; néanmoins il demanda la condamnation des auteurs de la lettre. Le président invita ensuite les défenseurs de Benoît XIII à prendre la parole; ils demandèrent un délai et la sentence fut différée jusqu'au mois de juillet. L'Université de Paris, mécontente de ce retard, pria Charles YI de presser le Parlement. Enfin, le vendredi 2 juillet (1406), la Grand'Chambre, au conseil, arrêta sa décision : les lettres en question seraient examinées et on délibérerait encore avant de prononcer. L'examen et la délibération durèrent le samedi 3, le mercredi 7, le vendredi 9 et le samedi 10. L'arrêt ne fut rendu que le 17 : la lettre était déclarée injurieuse pour le roi, le clergé et l'Université de Paris. L'original devait être déchiré au Parlement et les copies le seraient aux portes de Toulouse, et sur le pont d'Avignon « et sera fait commandement à son de trompe par tous les bailliages, senechaucées et jugeries royaulx de ce royaume, que quicunques averala copie ou double d'icelle, qu'il apporte ou envoie en la court dedans m mois après la dicte publication, sur peine de cent mars d'argent et de quanques il se pourra meffaire envers le Roy et sa dicte court2. » Les porteurs de la lettre, condamnés à la prison,
1. Sur ce personnage célèbre, v. Delachenal, op: cit., p. 358. Le Reliijicux de Saint-Denis le qualifie : « vir utique litteratus et clartis eloquentia ».
2. Arch. Nat., X»a 1478 f. 276, 278, 279, 280 v°. — Journal de N. de
s'enfuirent. Charles de Savoisy, désireux de rentrer en grâce avec l'Université, muni des ordres du roi lui-même, mit tout en œuvre pour hâter l'exécution de cet important arrêt. Quant à la soustraction d'obédience, elle ne devait être prononcée qu'à la prochaine session '.
Avant cette époque, il y eut encore plusieurs assemblées au Parlement, dans lesquelles la conduite et les actes de Benoît furent violemment attaqués. Le lundi 6 septembre, Jean Petit prit pour thème cette phrase de saint Paul : « Substrahate vos ab omni fratre ambulante inordinate » et attaqua aussi la lettre de l'université de Toulouse. Le procureur général, Denis de Mauroy, prit ensuite la parole'2. Le lendemain, ce fut Pierre Plaoul qui soutint les griefs de l'Université de Paris3. Le samedi suivant, le Parlement rendit un arrêt contre les exactions de Benoît; l'arrêt disait que tous ceux qui avaient été excommuniés et emprisonnés pour avoir refusé de se soumettre à ces exigences seraient délivrés1. La cause de Benoît g-agnait donc peu, le duc de Berry ordonnait même la saisie du temporel de plusieurs évêques du midi qui soutenaient ce pape3.
Baye, t. I, 161, 165. - Du Boulay, op. cit., t. V, pp. 4, 24, 117, 120. — L'auteur de celte letlre était, disait-on : Maître Guigue Flandin ; d'après D. Vaissete : Gui Flandrin, cf. op. cit., p. 990.
1. Religieux de Saint-Denis. L. XX Vil, ch. 2. 3. 17. Le texte de l'arrêt rapporté n'est pas tout à fait celui du greffier du Parlement. J'ai préféré ce dernier. — Cf. Juvénal des Ursins, an 1406. Édit. Buchon. — Du Tillet : Mémoire et advis sur les libertés de l'Église gallicane, p. 278.
2. Arch. Nat., X»a 4787, f. 422 — Cf. Journal de N. de Baye, t. I, p. 171. — Le passage de saint Paul est dans la II Thessal. ch. 3, S 6.