D. Vaissete, op. cit., loc. cit
Le Roi résolut de faire trancher la question, non pas par un simple arrêt, mais, ce qui était plus réglier, par un concile national. Arrivés le jour de la Toussaint, les évoques se réunirent dans la Sainte-Chapelle, le 18 novembre, et après la messe célébrée par l'archevêque de Rouen, ils se rendirent dans la petite salle du Palais, du côté de la Seine. Les ducs de Guyenne, de Berri, le roi de Sicile les reçurent au nom du roi. Le frère mineur, maître Pierre-aux-Bœufs, prononça un discours conforme aux intentions de l'Université de Paris. Le lendemain, Jean Petit se prononça, avec sa fougue ordinaire, pour la soustraction d'obédience. Les partisans de Benoît XIII demandèrent encore un délai, et prièrent les Pères du concile de désigner quelques uns d'entre eux qui soutiendraient la cause de ce pontife ; on leur donna Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, Guillaume Fillastre', doyen de Reims, et plusieurs autres docteurs. Fillastre émut rassemblée par son discours en faveur de Benoît, il aurait gagné le président du Parlement sans une expression maladroite à l'égard du roi2.
Le 20 novembre, Simon de Cramaud réfuta leurs arguments. Bref la discussion dura six semaines; le chancelier
1. Guillaume Fillastre, né àlaSuze, dans le Maine, en 1347, doyen de Reims (8 mars 1392), créé cardinal-prêtre de Saint-Marc par Jean XXIII (juin 1411), archevêque d'Aix (ler janvier 1421), puis évêque de Saint- Pons (3 juillet 1421); mourut en 1428. Il avait étudié à l'Université d'Angers ; il assista au concile de Pise et de Constance et fut enterré à Rome dans l'église Saint-Chrysogone. Canoniste, jurisconsulte et théologien, il fut aussi littérateur, géographe et cosmographe, Hauréau : Hist. Littéraire du Maine, t. IV, p. 219 à 221. — Pierre-aux-Bœufs, docteur franciscain, de l'abbaye de la Couture-Saint-Martin, mourut en 1430.
2. Religieux de Saint-Denis, L. XXVII, ch. 17, 18. — Cf. Chronique d'Enguerran de Monstrelet, édit. Douet d'Arcq, ch. xxx. — Ch.Aubertin Histoire de la langue et de la littérature françaises au moyen-dge. Paris, Belin. 1878. in-8, t. II, p. 353. Voir les sources qu'il indique.
se décida à clore ces débats interminables et chacun fut admis à consigner son avis par écrit. 11 fut conclu que, pour vaincre l'opiniâtreté de Benoît, les évoques lui enlèveraient la collation des bénéfices, la perception des droits de mutation, et se réserveraient ces privilèges. Charles VI lit une ordonnance (18 février 1407) donnant force de loi à ces conclusions, mais le duc d'Orléans, tout dévoué à Benoît, en rendit l'exécution impossible *.
Pendant ce temps, Innocent VII était mort à Rome (6 novembre 1406). Les cardinaux, en grande majorité (12 contre 2), résolurent de mettre fin au schisme (si on en croit le Religieux de Saint-Denis dont la partialité en faveur des antipapes d'Avignon est connue) en nommant un pape qui s'engagerait à se démettre après son élection. Le 30 novembre, ils élirent le cardinal de Saint-Marc : Ange Corario, qui fut couronné le 3 décembre sous le nom de Grégoire XII -. Le nouvel élu promit d'abdiquer et fit part de sa résolution à Benoît XIII; celui-ci reçut son envoyé \é 15 janvier 1407; sa réponse fut aimable. On croyait toujours en France que Benoît XIII abdiquerait aussi, et des ambassadeurs furent envoyés par Charles VI et les représentants de l'Église gallicane, à Rome comme à Avignon, pour féliciter les papes et les prier de tenir leurs promesses. Après de longues démarches l'un et l'autre refusèrent 3.
Laissant les évêques et les membres des Universités
1. Religieux de Saint-Denis, /oc. cit. — Papon, op. cit., L. I, t. V, § 17. cf. Dareste : Histoire de France, t. III, p. 20.
2. Ange Corrario était né à Venise, vers 1325. Il fut évêque de Chalcis, patriarche de Constantinople et cardinal-prêtre de Sa;nt-Marc (1405). Le concile de Pise le déposa (5 juin 14011) ; il ne tint pas compte de sa déposition et n'abdiqua que le 4 juillet 1415. Il devint alors évêque de Frascati, et mourut à Recanati le 18 octobre 1417. (U. Chevalier).
3. Religieux de Saint-Denis. L. XXVII, ch. 19. 20. 21. 22. L. XXVIII,
discuter au Concile, le Parlement délibérait de son côté. Le lundi 20 décembre (1406) réuni dans la salle Saint-Louis, derrière la Tournelle criminelle, en présence du dauphin remplaçant le roi, du roi de Sicile, des ducs de Berry, de Bourgogne, du comte de Nevers, de plusieurs évêques et de délégués de l'Université de Paris, il entendit ce que proposa « le procureur du Roy ' par la bouche de l'advocat « du Roy 2 sur le fait de l'Eglise et du Pape Benedic et « especial au regart d'aucunes choses qu'avoit proposé « maistre Guillaume Fillastre, doien de Reins, pour le « Pape, en la dicte salle puiz III sepmaines ou environ3 ».
Onze jours plus tard, il reçut une requête de l'Université de Paris appuyée par plusieurs évêques pour faire exécuter ce qu'ils avaient proposé par le procureur général « contre le Pape Benedic pour les libertéz de l'église de Galle ». Le procureur consulta le Parlement, qui répondit « qu'il fit ce qu'il voudrait et la court fera ce que de raison* ».
S'apercevant en effet de l'inutilité du concile, l'Université et beaucoup d'évêques essayaient de gagner le Parlement, espérant qu'aveclui ils aboutiraient. Le 7 avril (1407) un docteur en théologie de l'ordre de la Trinité, lui adressa au nom de l'Université un long discours, violent jusqu'à
ch. 8 et suiv., ch. 18. — Juvénal des Ursins, an. 1406 et 1407. Le 8 janvier 1407 Benoît XIII avait eu effet déclaré qu'il abandonnerait la tiare pour assurer la paix de l'Église, v. Du Mont : Corps diplomatique , t. II, partie i, p. 295, n° ccxxn.