Mémoires cTOmer Talon, t. IV, p. 18Ô
tions de cette nature; aujourd'hui le roi y vient avec bruit, éclat et terreur; autrefois il était permis de contredire le roi; aujourd'hui, par l'effet d'un désordre de la politique, on apporte au Parlement des édits tout dressés; autrefois la Cour résista à François Ier âgé de trente ans, parce qu'il voulait surcharger son peuple; aujourd'hui on ne refuse rien au roi pendant sa minorité ; mais toutes les provinces gémissent sous le poids des impositions ; les Français se sont toujours estimés libres et non pas esclaves et ils pleurent le despotique traitement qu'ils reçoivent. Néanmoins Talon requit l'enregistrement des édits; la plupart passèrent, mais quelques-uns furent modérés.
Le discours d'Omer Talon avait fortement frappé la reine, mais singulièrement déplu au ministre. Rentrée au Palais Royal, la reine reçut les impressions de son entourage, qui étaient tout aussi mauvaises, et on parvint ainsi à l'aigrir contre l'avocat général. Talon en eut même connaissance. « J'appris alors, dit-il, que la Cour est le pays de mensonge dans lequel il est difficile de réussir aux hommes de cœur, de probité et de vérité1. »
Cette séance fut le point de départ de nouvelles difficultés*. Les maîtres des Requêtes, prévenus de la présentation d'un éditqui créait douze maîtres des Requêtes nouveaux, trois par quartier, et menacés aussi de graves réductions dans le produit de leurs charges, s'abstinrent même de paraître au lit de justice et dès le lendemain ils s'assemblèrent pour discuter la question de savoir si le roi pouvait, pendant sa minorité, créer des juges souverains. Ils résolurent de ne pas rapporter l'affaire et de s'opposer à l'édit de création. Ils envoyèrent à cet effet une