‹ Le parlement de ParisChapitre 108 sur 238 · Mérnoires cI'Omer Talon, t, IV, p · texte numérisé non relu

Mérnoires cI'Omer Talon, t, IV, p

décidé que son arrêt du 9 septembre précédent serait exécuté. Le Parlement n'en persista pas moins, toutes chambres assemblées, dans sa précédente délibération et le mécontentement des ministres ne fît que s'accroître. Le secrétaire d'État Le Tellier essaya en vain des négociations avec le président de Mesmes et l'avocat général Talon. Le 14 mars, le conseil tenu chez la reine décida que le Parlement serait mandé le lendemain au Palais- Royal pour entendre les reproches du chancelier ; le greffier recevait ordre d'apporter l'arrêté du Parlement pour qu'il fût déchiré par le roi; enfin on laissait entrevoir que certains officiers de la compagnie pourraient bien être exilés. Le Parlement, au lieu de se rendre en corps au Palais Royal, y envoya le procureur général, avec mission d'implorer la clémence de la reine et de promettre l'obéissance. Il ne restait plus à examiner que deux édits, celui des maîtres des Requêtes et celui des prévôts généraux. La reine avait ordonné au premier président d'en finir au plus tôt avec leur vérification. Le premier président n'en tint aucun compte et fit traîner l'affaire en longueur. Le cardinal Mazarin, étonné de ces retards, fit venir l'avocat général Talon pour lui demander des explications. Il profita de cette entrevue, qui fut très longue, pour reprocher encore une fois à ce magistrat le discours hardi qu'il avait osé prononcer au lit de justice devant la reine. Talon affirma qu'il avait parlé du gouvernement de l'État avec respect et honneur et que s'il avait exagéré les misères du peuple, il l'avait fait pour rendre les édits du roi plus tolérables et faciliter leur acceptation parce qu'ils frappaient plutôt les riches que les pauvres. Mazarin ne put s'empêcher de dire que tout cela était trop fin et trop habile. Puis, venant à la question des édits, il demanda ce qu'il fallait faire pour en finir avec leur vérification. L'avocat général fit observer que tout dépendait du pre-

mier président. C'était donc à la reine de lui enjoindre la vérification des édits ou de charger les gens du roi de lui transmettre cet ordre. En effet le premier président fut appelé chez la reine le 22 mars et ce magistrat dut lui promettre d'assembler les chambres au premier jour. Cette assemblée eut lieu en effet le 26 mars, mais la compagnie, au lieu d'enregistrer les édits, arrêta qu'il serait fait de très humbles remontrances. Le premier président, quoique pressé de toutes parts, mit beaucoup de temps à préparer ces remontrances. Enfin le Lundi Saint il se rendit, accompagné d'une trentaine démembres, au Palais- Royal et donna lecture de ces remontrances. Le premier président s'y plaignait de ce que le roi venait trop sousouvent au Parlement et parfois même sans annoncer sa visite et sans envoyer les édits au préalable. Il parla de la ^isère du peuple qui avait payé 500 millions en trois ans pour les besoins de l'Etat. Les souffances du peuple sont telles, disait-il, « qu'il est moins libre, au milieu de la France, en cette terre qui sert d'asile à tous, de passer de ville en ville et même de sortir de sa maison, que d'entrer dans le pays ennemi ». Il s'élevait surtout contre la solidarité imposée aux habitants des communautés pour le paiement des impôts, de sorte que, bien souvent, ils finissaient leur vie dans les prisons pour n'avoir pas payé les dettes d'autrui. En dernier lieu, les remontrances réclamaient le retrait pur et simple des deux édits dont on demandait la vérification.

Elles s'élevaient surtout contre la création de deux cents nouveaux offices de police, affirmant que les mesures de cette nature augmentent l'ambition des hommes, dépeuplent les armées et transforment le royaume '.

1. Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 206 à 214; Mémoires cTOmër Talon, t. IV, p. 228.

Toutes ces récriminations , quelque fondées qu'elles fussent, ne fournissaient pas à l'État l'argent qui lui était indispensable. Aussi la reine répondit qu'il n'était pas possible de déférer au désir du Parlement, et pour se tirer d'embarras, la régente imagina de faire enregistrer les édits à la Chambre des comptes et à la Cour des aides et de se passer ainsi de l'enregistrement du Parlement.

Le 28 avril 1648, le duc d'Orléans se présenta à la Chambre des comptes et le prince de Conti à la Cour des aides. Le premier président de la Chambre des comptes prononça un remarquable discours. Il dit notamment qu'en ce temps le silence des compagnies souveraines n'était pas une marque de leur approbation à ce qui leur était proposé, mais bien de respect à la volonté absolue du souverain. Il se plaignit de ce qu'on envoyait dans sa compagnie des gens qui avaient amassé des biens immenses en très peu de temps au préjudice de l'État et du public et qui, faisant atteindre aux charges des prix excessifs, empêchaient les gens de bien de les acquérir. Quant à la cause de tous ces maux, il la faisait remonter à Mazarin. A la Cour des aides, les édits ne furent pas mieux reçus; le premier président Amelot prononça un discours très ferme qu'il termina en disant : « Tout ce discours ne sera pas un consentement à la vérification des édits, mais, au contraire, une protestation formelle que nous nous y opposerons toujours avec vigueur afin de faire voir qu'il y a encore dans le royaume de bons et fidèles sujets du roi. » Bref, la Chambre des comptes et la Cour des aides imitèrent le Parlement, refusèrent l'enregistrement pur et simple et délibérèrent sur les modifications à introduire aux édits1. La tentative faite par le ministère de séparer les cours

I. Journal de cTOrmesson, t. I, p. 181; Mémoires de Goulas, t. II, p. 27G.

souveraines avait échoué et une autre mesure de la monarchie allait même conduire à leur union complète.

Une autre difficulté s'était élevée dès le commencement de l'année au sujet du droit annuel. Il était expiré à la fin de l'année 1647. Allait-on le continuer? Le 15 mars 1648, une déclaration royale avait fait, pour un certain temps, remise de la paulette aux cours souveraines, à la condition que leurs membres renonceraient pendant quatre ans à leurs gages au profit du roi. Toutefois cette remise des gages n'avait pas été imposée au Parlement, sous prétexte que ces gages étaient infimes, en réalité pour le rendre favorable aux édits1. Mais la Chambre des comptes, le Grand Conseil et la Cour des aides soulevèrent une tempête, soutenant que si on acceptait cette réduction des gages pour quatre ans, le roi ne manquerait pas de les supprimer complètement à sa majorité. Le 5 mai, ces trois juridictions députèrent au Parlement et demandèrent un arrêt d'opposition au retranchement des gages. Le lendemain les députés des Enquêtes et des Requêtes réclamèrent l'assemblée des chambres pour délibérer sur le droit annuel et sur la demande de la Chambre des comptes. L'affaire devenait d'autant plus grave que la Chambre des comptes était assistée par la Cour des aides et par le Grand Conseil. La Cour commençait à comprendre qu'au lieu de diviser les grands corps de l'État, elle avait provoqué leur réunion. Aussi fit-elle ce qu'elle put pour empêcher ce résultat. Au Parlement le premier président Mole, qui était favorable à la Cour et comprenait bien les dangers de la situation, avait d'abord proposé des' moyens dilatoires, puis l'union avec les autres parlements, mais non avec la Chambre des comptes et la Cour des aides. Ces propositions, combattues

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