Mémoires cI'Omer Talon, t. V, p
chercher au greffe, mais Boileau répondit que l'arrêté n'était pas encore au net et que le premier président ne l'avait pas vu. On envoya alors le secrétaire d'État Le Tellier chez le premier président pour le presser de mettre l'arrêté au net, et en même temps le procureur général reçut ordre de faire remettre l'arrêté à la reine par les gens du roi. Ceux-ci présentèrent en effet l'arrêté à la reine qui leur remit des lettres de cachet.
Ces lettres commandaient à la compagnie de venir le lendemain en corps au Palais-Royal pour y entendre les volontés du roi. En même temps la reine, fort irritée, eut soin de dire aux gens du roi que si le Parlement voulait les déléguer à sa place, ils devaient refuser. Le Parlement s'étant assemblé, on commença par se plaindre de ce que le procureur général eût communiqué l'arrêté sans en avertir la compagnie. Puis on délibéra pour savoir si on se rendrait au Palais-Royal. Un premier avis proposait de désobéir formellement, mais il n'était partagé que par six ou sept magistrats. D'autres proposaient d'envoyer les gens du roi. La majorité décida d'aller à la cour, non pas en carrosse, mais à pied, avec le bonnet carré et les huissiers marchant devant. Il fut ensuite décidé que, contrairement aux prescriptions de la lettre de cachet, on n'apporterait pas l'arrêté à la reine. Déjà quelques jours auparavant, le Parlement avait prévenu les autres compagnies qu'il ne tiendrait aucun compte de l'arrêt en cassation et qu'il continuerait à exécuter l'arrêt de jonction. Mais, au lieu de déléguer des députés du Parlement qui auraient pu être arrêtés et envoyés en exil, le Parlement avait eu soin d'envoyer des huissiers aux autres compagnies.
Lorsque le Parlement arriva au Palais-Royal, la reine s'empressa de demander si le premier président avait apporté la feuille. Sur la réponse négative de ce magistrat,
elle voulut savoir si cette omission était le résultat d'un oubli ou celui d'une délibération. Comme on lui dit que le Parlement en avait délibéré, elle déclara qu'il ne sortirait pas du Palais-Royal ni même de la chambre où il avait été reçu, avant d'avoir envoyé chercher la feuille. Ce projet n'était pas sans jeter l'inquiétude parmi les membres du Parlement. « Nous étions, dit Talon, cent personnes enfermées dans la chambre en laquelle on reçoit les ambassadeurs, qui eussions tous été incommodés à l'heure de midi, sans siège et n'ayant pas mangé, si cette proposition avait été acceptée1. » Mais la reine renonça à l'exécution de cet ordre. Elle envoya le secrétaire d'État Guénégaud au Palais et le fit accompagner d'un officier des gardes du corps chargé de se saisir de l'arrêt et de le porter à la reine. Le greffier, prévenu, s'évada si rapidement que le secrétaire d'État ne put pas exécuter sa commission. Pendant ce temps le Parlement entendait lecture de l'arrêt du Conseil qui cassait l'arrêté de jonction des cours souveraines ; le chancelier exprimait la colère et l'indignation du roi et déclarait que la désobéissance du Parlement était sans exemple.
Au Palais-Royal, le chancelier faisait lire par un secrétaire d'État aux membres du Parlement un second arrêt du Conseil qui cassait de nouveau l'arrêt d'union. Le premier président voulut parler. Mais la reine lui ferma la bouche et chacun se retira irrité, la reine, de la résistance du Parlement, le Parlement du discours du chancelier qui avait été jusqu'à traiter les conseillers de rebelles, parce qu'ils n'avaient pas apporté la feuille de l'arrêt qui leur était demandée. Aussi, le jour même, il y eut assemblée et l'on y décida que de nouvelles remontrances seraient adressées à la reine' pour lui prouver que le Par-