Mémoires cTOmer Talon, t. V, p
lement n'avait usé que des droits dont il était en possession; les remontrances demandaient en outre la révocation de l'arrêt du Conseil comme contraire à l'honneur de la cour et à la dignité de la justice. L'avocat général Talon prononça un discours aussi remarquable par son esprit d'indépendance que par la fermeté de ses doctrines sur l'autorité du roi et sur celle du Parlement. Il rappela en termes énergiques au Parlement que celui-ci devait l'obéissance au roi, sauf pour ce qui est contraire aux lois de l'Etat. Il lui montra qu'il s'engageait dans une mauvaise voie, car il faudrait en finir par l'humiliation de la reine ou par celle du Parlement. N'allait-on pas provoquer la guerre civile et compromettre les succès de la guerre étrangère?
Ces paroles si graves et si justes à la fois ne firent qu'irriter davantage les Enquêtes qui s'emportèrent au point de provoquer du scandale. Mazarin fit appeler Talon pour obtenir des explications sur cette scène tumultueuse, mais l'avocat général eut la sagesse d'atténuer la faute des Enquêtes. En témoignage de reconnaissance du service que Talon avait rendu à la cause du roi, Mazarin s'empressa de donner une abbaye à son frère. Mais Talon, magistrat intègre, s'indigna et son frère refusa1. Gomme Talon témoignait de sa surprise à un président de la cour au sujet du scandale qu'avaient causé les Enquêtes, ce magistrat lui répondit qu'il n'y avait aucun moyen de les satisfaire, que messieurs des Enquêtes étaient envenimés à ce point qu'ils aimeraient mieux voir la sédition dans Paris et l'invasion des ennemis que de se dédire de ce qu'ils avaient entrepris. Talon en éprouva un véritable chagrin. « Ce discours, dit-il, me donna grande peine à l'esprit, parce que dans l'inclination natu-