Mémoires cI'Omer Talon, t. V, p. 77 à
ce que la reine avait mandé séparément auprès d'elle la Grand'Chambre et les Enquêtes au lieu de les réunir toutes ensemble *. Cependant le Parlement daigna adresser des remerciements à la reine et au duc d'Orléans pour leurs bonnes intentions; mais dans le même arrêté il décidait que les chambres demeureraient assemblées et que les autres compagnies seraient averties de la présente délibération2. Le Parlement envoya en même temps des députés auprès du duc d'Orléans et ces députés tinrent une sorte de conférence avec ce prince : on cherchait une solution. Les délégués demandaient la diminution des charges et la suppression des intendants. Le duc d'Orléans répondit qu'il ne pouvait être question de cette suppression, et qu'il valait mieux s'occuper de régler leurs pouvoirs « dont ils ne se pourraient servir que dans les sièges, tant des élus que des baillis ». Les députés du Parlement ayant insisté s sur la nécessité publique qui pressait la révocation des intendants », le duc promit d'en référer à la reine. En définitive, on n'aboutit à rien. Le 26 juin le Parlement se borna à envoyer des députés auprès du duc d'Orléans pour le remercier de ses bons offices et le prier d'intercéder auprès de la reine afin d'obtenir la révocation des arrêts du Conseil. Le 27 juin le premier président et les députés du Parlement se rendirent auprès de la reine pour lui adresser des remontrances ; on y demandait encore une fois la révocation des arrêts du Conseil. Les magistrats étaient présentés comme les médiateurs entre les rois et les peuples; les assemblées des cours souveraines étaient justifiées par des précédents. « En 1618, disaient les remontrances, toutes les mêmes compagnies intéressées en la révocation du droit annuel s'assemblèrent par députés, en l'une des chambres du
\. Mémoires cI'Omer Talon, t. V, p. 82 et 85. 2. Mémoires cI'Omer Talon, t. V, p. 84.
Parlement et, par leurs suffrages et leurs vœux, obtinrent de leur prince ce que justement ils pouvaient désirer. Les registres du Parlement sont pleins de tant d'autres exemples par lesquels on voit qu'en tous moments qui ont regardé la sûreté publique, le paiement des rentes de l'Hôtel de ville, des gages et la police générale et bien d'autres occasions, ces compagnies ont toujours été assemblées par l'ordre du Parlement qui, par leur avis, a prescrit par arrêt ce qui était nécessaire en ces rencontres. » Le premier président se plaignit aussi de ce qu'on indisposait la reine contre le Parlement et il conclut en disant que les assemblées continueraient comme si les arrêts du Conseil n'existaient pas1. On pouvait croire que la reine allait s'emporter, il n'en fut rien. La reine, inspirée par Mazarin, fit répondre un peu après que du moment que les compagnies n'avaient en vue que le bien et le service du roi et le repos de son Etat, elle consentait à l'union des cours souveraines pour préparer des réformes. L'arrêt du 15 mai produisait donc son effet; ceux du Conseil étaient cassés, et la régence cédait au Parlement*.
Le cardinal Mazarin croyait être parvenu à ses fins en réconciliant la reine et le Parlement; mais en réalité rien ne fut changé dans la situation et l'agitation était extrême dans tout le royaume. On en était arrivé à abuser du peuple et à lui faire croire qu'il ne devait plus payer aucun impôt. Les Parisiens s'assemblèrent et adressèrent au Parlement une requête où ils demandaient la suppression de toutes les charges3. En province les parlements,