‹ Le parlement de ParisChapitre 117 sur 238 · Mémoires de Goulas, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Goulas, t. II, p

mécontents, eux aussi, des intendants, cherchaientle moyen de s'unir à celui de Paris. Cette agitation était provoquée en province comme à Paris par certains membres du Parlement et par quelques seigneurs de l'ancienne faction des Importants. Les meneurs du Parlement avaient-ils vraiment en vue l'intérêt de l'Etat? En réalité, ce n'était que des magistrats désireux de satisfaire leur ambition comme les présidents Le Coigneux et de Bellièvre, Charton, le président de Maisons et surtout le conseiller Broussel qui, pour sortir de l'obscurité, prenait l'attitude d'un sénateur romain et critiquait toutes les mesures bonnes ou mauvaises du gouvernement.

Malgré tout, l'union des compagnies souveraines, maintenant reconnue et autorisée par la régente, pouvait travailler au bien de l'État; elle était populaire et avait en mains les pouvoirs nécessaires. Mais était-elle à la hauteur de sa mission1?

La Chambre La reine avait permis l'union des compagnies à la condition qu'elle serait constituée au moyen de députations. Les députés étaient au nombre de trente-deux, quatorze du Parlement et six de chacune des autres compagnies; ils s'assemblèrent dans la chambre Saint-Louis et dans neuf séances ils discutèrent les plus graves questions de la monarchie. Les résolutions furent rédigées en vingtsept propositions. La chambre Saint-Louis demandait notamment la disparition des abus en matière de finance ;

1. Un fait entre raille pour montrer combien les membres du Parlement étaient alors populaires à Paris. Des cochers et des laquais s'étant pris de querelle dans une rue, les maîtres sortirent de leurs carrosses pour imposer la paix : c'étaient deux gentilshommes et un maître des Requêtes ; « l'homme de robe longue eut tout le peuple pour lui et cette canaille disait tout haut qu'il fallait être du parti du maître des Requêtes à cause du Parlement qui prenait soin de leurs intérêts et empêchait leur oppression ». Mémoires de Goulas, t. II, p. 529.

la suppression de la concession de la taille à des fermiers auxquels on accordait le quart pour leur profit; l'abolition de toute solidarité en matière de taille ; la remise au peuple des années arriérées qu'il devait encore ; la suppression des intendants qui seraient rappelés des provinces sous prétexte qu'ils opprimaient le peuple ; la limitation de la responsabilité en matière de finance aux trésoriers de France, aux élus, aux receveurs généraux ou particuliers ; l'établissement du principe que toute personne mise en prison devra être interrogée dans les vingt-quatre heures; la prohibition de percevoir aucun impôt, tant que l'édit de création n'aura pas été vérifié; l'établissement d'une chambre de justice, composée de membres des quatre cours souveraines, pour juger les malversations en matière de finance; le rétablissement des maîtres des Requêtes dans leurs fonctions, etc.1. Sous ces conditions on s'engageait à cesser les assemblées de la chambre Saint-Louis.

Parmi ces propositions, quelques-unes étaient fort sages et d'autres contestables. Toutes tendaient à la suppression de l'œuvre de Richelieu et à la diminution de l'autorité royale. Ces mesures étaient-elles vraiment habiles à une époque où le trouble et le désordre régnaient partout? Le Parlement n'eût-il pas été mieux inspiré, s'il s'était borné à constater son droit, désormais reconnu, de tenir des assemblées générales et s'il s'était disposé à préparer des réformes pour des temps plus calmes ?

Il s'agissait maintenant de faire accepter les décisions de la chambre Saint-Louis par le Parlement et par les autres cours souveraines et auparavant d'en délibérer article par article. Mazarin comprit sans peine qu'une pareille procédure serait interminable. De son côté la reine

1. Isambert, t. XVII, p. 81; Journal de cTOrmesson, t. I, p. 545; Mémoires cTOmer Talon, t. V, p. 90; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 250; Mémoires de Goulas, t. II, p. 520.

était fort mécontente de certains projets qu'il fallait à tout prix empocher d'aboutir. Mazarin fit proposer par le duc d'Orléans une conférence composée de députés du Parlement et de membres du Conseil du roi. Dans toute cette affaire, le frère de Louis XIII fit preuve d'un véritable dévouement pour la cause de la reine et déploya beaucoup d'activité. Deux fois il vint au Parlement; il obtint la conférence, mais après avoir promis qu'on exécuterait ce qu'elle aurait décidé1. La conférence se tint en effet, mais elle n'empêcha pas le Parlement de continuer ses assemblées générales. Les deux corps travaillèrent ainsi parallèlement et séparément et le Parlement n'ayant pas voulu suspendre ses assemblées, les discussions devinrent plus compliquées encore, car toute question était d'abord portée à la conférence et les décisions de la conférence étaient ensuite examinées par le Parlement.

Une des premières décisions de la conférence fut la suppression des intendants ; elle ne passa pas sans difficulté et le premier président fut un de ses adversaires les plus résolus. « Quand on parla en mauvais termes de la conduite de tous les intendants, il ne le put souffrir parce que Champlatreuxson fils était intendant en Champagne2. » Le Parlement était aussi hostile aux intendants que la conférence; il accepta leur suppression avec empressement. « En apprenant ce projet, dit le cardinal de Retz, la cour se sentit touchée à la prunelle de l'œil 3. » Le duc d'Orléans se rendit le 6 juillet au Parlement et demanda qu'il fût sursis à la suppression des intendants, laissant entendre qu'on donnerait satisfaction à la compagnie, mais que la mesure devait être prise de l'autorité du Conseil. La cour

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