Mémoires cTOmer Talon, t. V, p. HO
mandées par la conférence et portait révocation des intendants et de toutes autres commissions extraordinaires; il n'était fait exception que pour les intendants des provinces de Lyonnais, Champagne et Picardie. La taille était aussi diminuée d'un demi-quartier pour la présente année et la suivante. Une autre déclaration du même jour portait établissement d'une chambre de justice pour la recherche et la punition des abus et malversations en fait de finance. La Cour délibéra sur ces deux déclarations; on demanda notamment que les intendants maintenus fussent obligés d'apporter leurs commissions au Parlement; que des informations fussent immédiatement commencées contre les financiers, sauf à les porter à la chambre de justice dès que celle-ci serait organisée ; que cette chambre de justice se composât seulement de membres du Parlement, de la Chambre des comptes et de la Cour des aides; enfin que la remise de la taille fût portée à un quart. Le duc d'Orléans et le premier président firent observer qu'il y avait arrêt et qu'il fallait passer à l'enregistrement des déclarations, sauf à adresser des remontrances à la reine. L'enregistrement eut lieu en effet. Quelques jours après, on enregistra des lettres patentes portant qu'il ne serait à l'avenir établi aucune imposition, si ce n'est en vertu d'édits ou de déclarations dûment vérifiées : on ouvrit en même temps une conférence chez le duc d'Orléans pour rechercher quelles étaient les taxes qui se percevraient en vertu d'édits non vérifiés1.
Le Parlement obtenait, comme on le voit, à peu près tout ce qu'il demandait et peut-être même plus qu'on n'aurait dû lui accorder. Si les intendants froissaient les parlements, n'était-ce pas parce qu'ils assuraient l'autorité du
1. Voy. sur ces divers points, Ipambeut, t. XVII, p. 84 et 86; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 232; Mémoires d'ÛMER Talon, t. V, p. 113 et suiv.
roi dans les provinces et ne maintenaient-ils pas l'équilibre entre les différentes classes de la société?
Il était bien d'accorder des garanties pour l'établissement des impôts, mais ces garanties devaient-elles se trouver dans les parlements ou ailleurs? Les corps judiciaires, habitués aux procédures lentes et compliquées, obligés pour les procès aux examens les plus minutieux, étaient-ils en état d'apprécier la valeur et l'utilité des grandes mesures financières?
Au lieu de se montrer satisfait, dès le lendemain le Par- Déclaration du lement continuait ses procédures. Le 18 juillet, il y eut arrêt portant que le roi et la régente seraient très humblement suppliés de remettre au peuple le quart de la taille pour les années 1647 à 1649. Puis les chambres assemblées délibérèrent sur l'article de la chambre Saint-Louis concernant les fermes du roi et décidèrent des remontrances par écrit. Le Parlement demanda aussi qu'aucun des impôts levés depuis 1606, en vertu d'arrêts du Conseil ou de rôles de la chancellerie, ne continuât à être perçu. Le roi et la régente reçurent les remontrances. On les remerciait d'avoir diminué la taille, révoqué les intendants, établi une chambre de justice. Mais en même temps on demandait de nouveaux adoucissements dans l'oppression du peuple. Le 20 juillet, le Parlement s'occupa des lettres patentes portant qu'à l'avenir aucunes impositions ne seraient levées sur le peuple, si ce n'est en vertu d'édits dûment vérifiés. Le duc d'Orléans assistait à la séance; les uns voulaient que ces lettres fussent sur-le-champ lues et publiées ; les autres soutenaient qu'il fallait auparavant faire le relevé des impôts qui se levaient en vertu d'édits non vérifiés. Pendant cette délibération et même avant l'ouverture de la séance, des paysans des environs de Paris avaient envahi le palais et demandaient à grands cris la diminution de la
taille. Ils annonçaient que le lendemain ils reviendraient plus nombreux. La reine avertie ordonna aux gens du roi de dissiper ces attroupements et même, s'il était besoin, d'entrer dans le Parlement pour faire donner arrêt. Mais les gens du roi se contentèrent de parler doucement à ces paysans qui se retirèrent sur la promesse que la reine s'intéressait à leur misère. Ils allèrent trouver Monsieur le Prince et arrêtèrent son carrosse pour lui demander audience.
Sur ces entrefaites arriva la nouvelle de la prise de la ville de Tortose par le maréchal de Schomberg et la reine, fière de ce succès, décida d'en finir avec les assemblées du Parlement. Les gens du roi étant allés trouver la reine, celle-ci leur fixa un jour pour recevoir les remontrances relatives aux impôts et en particulier à la diminution de la taille. Les remontrances furent faites en termes fort civils, mais en même temps fort énergiques. Le premier président insista sur la misère du peuple pour obtenir la remise d'un quart de la taille. La reine se borna à répondre que le lendemain le roi irait au Parlement et ferait entendre sa volonté1.
Anne d'Autriche voulait en finir. « J'irai au Parlement, avait-elle dit à son entourage, pour leur jeter des roses à la tête, mais après cela s'ils ne sont pas sages, je saurai bien les punir. » Le roi se rendit le 51 juillet au palais en grande pompe; les ambassadeurs étrangers avaient été invités à la séance et tous les gens de qualité avaient eu ordre de revêtir leurs habits dorés. Le chancelier parla fort mal, le premier président fort bien, mais pour louer tout ce qu'avait fait le Parlement. L'avocat général Talon2 affirma le droit de contrôle du Parlement. « Autrefois les volontés de nos rois n'étaient point exécu-