Mémoires cTOmer Talon, t. Y, p. 257 et
des passants. Le maréchal de la Meilleraie voulut intervenir, mais il fut reçu à coups de fusil. On tira aussi sur le carrosse du chancelier qui passait et la duchesse de Sully fut blessée ainsi qu'une personne de la suite du chancelier. Le Parlement, informé de cet attentat, ne s'en occupa pourtant pas, invoquant la gravité des circonstances, mais il ordonna de procéder contre ceux qui avaient arrêté les magistrats. Evidemment la passion politique l'emportait sur la raison et l'esprit de justice. Le même jour, le Parlement décida qu'il allait se rendre en corps au Palais Royal pour obtenir la liberté des officiers du Parlement. Les gens du roi lui demandèrent de prendre les mesures nécessaires pour mettre ordre à la sédition, mais il s'y refusa1. Il comptait sur sa popularité et il vit bientôt à ses dépens ce qu'est un peuple révolté. Au moment où il allait se mettre en route arrivèrent des députés de la Chambre des comptes chargés de témoigner du regret de ce qui s'était passé. Le premier président les remercia et immédiatement après, dit Mole, « nous partîmes en corps de cour sans avoir envoyé demander, comme c'est la coutume, l'heure à la reine, les huissiers devant ayant leurs bonnets carrés et à pied et passant devant l'horloge du Palais et depuis ce lieu jusqu'à la Croix du Trahoir nous trouvâmes le peuple en armes et barricades faites de cent pas en cent pas ». La reine consentit à recevoir le Parlement sur l'heure; le premier président prononça un discours digne et ferme à la fois ; il se plaignit qu'au milieu de la joie publique et à l'occasion d'une grande victoire, on avait commandé « la prison dure de trois des officiers du Parlement et non pour autre cause que d'avoir dit avec liberté leurs suffrages! ».