Mémoires cTOmer Talon, t. V, p
Parlement on lui reprochait ses lâchetés, car on aurait désiré qu'il provoquât lui-même toutes les assemblées générales, et à la cour la reine le taxait de faiblesse, car elle aurait voulu qu'il s'opposât à ces mêmes assemblées. On traitait le maréchal de la Meilleraye de serpent né des cendres du cardinal Richelieu; on lui reprochait d'être plus violent que le grand cardinal, de posséder d'immenses richesses, d'avoir fait tirer sur les bourgeois dans les précédentes émeutes. Il était détesté de tous. Il n'existait donc, à vrai dire, personne pour imposer au Parlement son autorité, et l'ardeur des magistrats était d'autant plus excitée qu'on les flattait partout, en les appelant les pères du peuple et les réformateurs de l'État. C'étaient surtout les conseillers des Enquêtes qui entretenaient l'agitation dans ce grand corps judiciaire. « Cinquante ou soixante jeunes conseillers qui dans leurs chambres des Enquêtes ont peu d'emplois et qui y sont peu considérés, à cause qu'ils n'ont pas l'intelligence et ne se veulent pas donner l'application aux affaires, étaient bien aise d'être tous les jours appelés dans les assemblées publiques, d'y donner leurs suffrages et se portant aux avis les plus caustiques, acquérir réputation, ce leur semblait, et tel d'entre eux, qui, dans sa conscience, n'aimait pas tout ce bruit, n'eut osé d'être d'autre avis, de crainte d'être mal traité et moqué par ses confrères1. »
Le Parlement, se sentant tout-puissant, aurait craint d'affaiblir sa force et de compromettre sa popularité, s'il s'était permis des mesures répressives ou même de simple police pour assurer la paix dans Paris et rétablir le calme dans les esprits. On a vu que la reine avait demandé des mesures de cette nature dans son intérêt personnel et qu'elle n'avait pu obtenir du Parlement aucun acte sérieux.