Mémoires cTOmer Talon, t. V, p
Aussi faisait-on courir dans Paris les bruits les plus ridicules et les plus scandaleux ; partout on se tenait prêt à la révolte. Les choses en étaient arrivées à ce point que la reine n'osait plus se rendre, selon l'usage, le samedi à Notre-Dame. Les harengères du Marché Neuf menaçaient de lui dire des injures et dans les halles le peuple parlait de ses débordements qui étaient purement imaginaires.
Quant au cardinal et au maréchal de la Meilleraye, Fuite de la surintendant des finances, on ne se gênait pas pour dire qu'à l'occasion on leur ferait un mauvais parti1. La reine était au courant de la situation et elle se décida à réunir son Conseil pour y porter remède. Il fut décidé que la reine quitterait Paris pour échapper à la tutelle du Parlement et qu'on recourrait, si besoin était, à la force pour empêcher les séditions. En effet, le 15 septembre, le roi et le cardinal Mazarin sortirent de Paris dès six heures du matin ; la reine ne partit qu'à deux heures ; tous se rendaient à Rueil*. En même temps la reine faisait arrêter les deux anciens ministres, Châteauneuf et Chavigny3. Ce dernier était accusé de conspirer avec le Parlement et de semer l'agitation. On voulait savoir quelle était l'étendue du mal. L'ancien garde des sceaux Châteauneuf s'était publiquement vanté d'entretenir l'agitation dans Paris et de rentrer sous peu au ministère. Par contre-coup Goulas, secrétaire des commandements du duc d'Orléans et ami intime de Chavigny, reçut ordre de son maître, de se retirer dans sa maison de campagne. Les ministres n'étaient pas sans
1. Voy. sur tous ces points Mémoires cTOmer Talon, t. V, p. 288 à 504.
2. D'après Goulas, « le roi serait parti dès le 12, à sept heures du matin et avec une telle précipitation qu'il semblait avoir les Espagnols à ses trousses et la reine sortit le lendemain. »