Voy. Mémoires d'O&iER Talon, t. V, p. j06 et suiv
crainte sur les résultats de ces mesures. Qu'allait faire le Parlement en apprenant l'arrestation de Chavigny? Comment venir à bout du peuple qui refusait maintenant toutes sortes d'impôts sous prétexte que le Parlement avait promis de les supprimer tous? Gomment procurer des ressources aux armées de Flandre, d'Allemagne, d'Italie et de Catalogne, alors que dans les provinces les impôts rentraient péniblement et que les receveurs les cachaient pour se rembourser de ce qui leur était dû à raison de leurs avances ? Mais c'était surtout à Paris que l'agitation était à son comble. Les partisans de la reine, loin de calmer les esprits, répandaient la terreur. Les émissaires de Condé faisaient courir mille bruits dans la ville, que l'armée du prince allait bloquer Paris, qu'en quinze jours elle obligerait le bourgeois à se rendre la corde au cou, qu'on châtierait les coupables et qu'on contraindrait une bonne fois le Parlement et la ville à se tenir dans l'obéissance. Aussi les bourgeois de Paris étaient-ils convaincus que Paris allait être bloqué par les troupes de Condé qui occuperaient les avenues et les rivières. Les membres du Parlement étaient encore plus inquiets; ils craignaient, s'ils restaient à Paris, de courir danger dans les émeutes et, s'ils sortaient, d'être arrêtés au nom de la reine. Tous prenaient leurs précautions, cachant leurs meubles les plus 'précieux, faisant des provisions, se procurant des armes. Sur ces entrefaites le Parlement reçut, le 22 septembre, des lettres du roi qui lui accordaient sa continuation. Cette mesure ne calma pas ses craintes et n'apaisa pas sa colère. Le Parlement était surtout irrité de l'arrestation de Chavigny et certains conseillers étaient exaspérés à ce point qu'ils proposèrent les mesures les plus extrêmes : il fallait aviser à la sécurité publique, procéder contre le cardinal Mazarin qui, étant étranger, ne devait pas rester plus longtemps à la tête de l'administra-
tion, renouveler l'arrêt de 1617 rendu à l'occasion du maréchal d'Ancre, qui défendait, sous peine de la vie, à tout étranger, de remplir les fonctions de ministre1. Quand les partis veulent en venir aux prises, il est rare qu'ils s'en tiennent aux armes de la bonne foi. La régente et le ministère avaient manqué à leur promesse en faisant arrêter Chavigny. Mais le Parlement se trompait ou trompait les autres, lorsqu'il feignait de prendre Mazarin pour un étranger, alors qu'il avait été naturalisé par lettres royales d'avril 1639 dûment enregistrées. Malgré tout, le 22 septembre 1648, le Parlement rendit arrêt qui renouvelait celui de 1617 et nommait des députés chargés d'aller trouver la reine et de la prier de ramener le roi à Paris.
Cette séance du Parlement fut particulièrement remar- séance du quable et n'est pas assez connue. Le président de Mesmes ' s m™ commença par présenter au Parlement la commission du roi relative à la chambre de justice dont il avait été fait premier président par la reine qui espérait ainsi flatter la compagnie. Broussel voulut ensuite parler du tarif, mais le président Viole l'interrompit, disant qu'il devait être question de choses bien plus graves puisqu'on venait d'enfreindre la déclaration de Sa Majesté, si solennellement approuvée et enregistrée, et que désormais on ne pouvait plus se fier à la parole de la reine. Le premier président Mole, surpris par ces violentes paroles, s'efforça, mais sans succès, d'écarter cet orage. Le président Viole, continuant son discours, se plaignit de ce qu'on avait fait sortir le roi de Paris, réuni une armée pour affamer la capitale, arrêté M. de Chavigny, ministre d'État, sans en donner les raisons ; en un mot le régime de la violence
1. Voy. les détails de cette agitation dans les Mémoires d'OMER Talon, t. V, p. 317 et suiv.
reparaissait encore une fois. Le président de Blancmesnil prit ensuite la parole et déclara qu'il détestait les fourberies du premier ministre, qu'il redoutait son incapacité, qu'il fallait supplier la reine de l'éloigner et renouveler l'arrêt de 1617, rendu contre Goncini, portant interdiction générale à tous les étrangers de tenir offices, bénéfices, honneurs, dignités et gouvernements. Le premier président essaya encore une fois d'opposer une digue à ce torrent; mais un conseiller s'écria « que s'il ne voulait pas faire sa charge, il s'en trouverait d'autres sur les bancs pour le remplacer1 ». A partir de ce moment, l'orage fut complètement déchaîné ; chacun donna sur le cardinal et renchérit sur l'ami de Blancmesnil. Le président de Nouvion alla jusqu'à dire que le cardinal était la cause immédiate de tous les maux, que c'était un homme sans naissance et sans mérite, que la fortune seule l'avait aveuglément élevé à la place qu'il tenait dans l'État, qu'il était honteux pour la France de l'y souffrir davantage ; bref il fut décidé qu'on renouvellerait l'arrêt de 1617, que des remontrances seraient adressées à la reine, au sujet des nouvelles arrestations arbitraires, que des députés du Parlement la supplieraient de ramener le roi à Paris et d'éloigner les gens de guerre. On résolut en outre de convoquer les princes pour délibérer sur la sûreté de l'État, l'absence du roi et la présence des troupes. La députation partit le jour même et fut reçue par la reine à Rueil. Le premier président exposa sa requête en excellents termes. La reine répondit qu'elle avait quitté Paris sans aucune méfiance, puisqu'elle avait même fait des visites avant son départ, qu'elle ne pouvait pas ramener le roi à Paris parce qu'il lui fallait prendre l'air en cette saison, mais que le Parlement et la ville n'avaient rien à craindre.