Mémoires <T0mer Talon, t. V, p
entrées dans Paris. Les princes représentants de la reine cédèrent sur les points les plus importants : on accorda la décharge d'un sixième de la taille; sur les entrées de la ville les princes renoncèrent à 500000 livres; mais toutes ces concessions étaient toujours faites à la condition que le Parlement cesserait incessamment ses assemblées. Enfin le Parlement se déclara satisfait et accepta le résultat des conférences de Saint-Germain. Ces décisions formèrent bientôt la déclaration du 24 octobre 1648 qu'on pourrait appeler la paix des barricades. Cette déclaration portait entre autres choses que les retranchements faits sur les revenus du roi depuis trois mois, seraient maintenus; que les sujets du roi ne pourraient être poursuivis au criminel que par les voies ordinaires et devant leurs juges naturels; qu'aucun officier ne pourrait être destitué ou troublé dans l'exercice de sa charge par lettres de cachet ou autrement; que les magistrats ne pourraient pas être tenus en prison sans jugement plus de vingtquatre heures et les autres sujets du roi plus de six mois. Le Parlement fit ajouter deux articles secrets : le premier portait que si un officier du Parlement recevait une lettre de cachet lui donnant ordre de se retirer, il la remettrait à la compagnie pour qu'il en fût délibéré en sa présence ; le second ajoutait que si un membre du Parlement était emprisonné, ses parents pourraient bailler requête au Parlement1. La paix était donc faite et la reine de son côté, prenant le parti de la douceur, promettait de rentrer à Paris. « Chacun espérait le siècle d'or à l'avenir, puisque tous avaient leur compte dans l'abaissement du cardinal*. -» Le 24 octobre aussi, était signé le traité de Munster qui
i. Mémoires (TOmer Talon, t. V, p. 389.
2. Mémoires de Goulas, t. II, p. 386 à 395; Mémoires de Talon, t. V, p. 409; Isambert, t. XVII, p. 99. Voir le discours que prononça Talon, dans ses Mémoires, t. V, p. 599.
rendait à la France les Trois Évêchés et l'Alsace. Quant aux exilés et aux prisonniers, il va sans dire qu'ils avaient tous été rappelés.
Mais après les conférences de Saint-Germain et dès le commencement d'octobre, alors que la Cour se trouvait encore dans cette ville, on y apprit que le Parlement, au lieu de supplier la reine d'accorder des décharges au peuple, avait arrêté de les donner lui-même. Immédiatement des lettres de cachet furent adressées au Parlement, qui lui prescrivaient d'envoyer des députés pour donner des explications et de suspendre ses délibérations. Le Parlement n'en tint aucun compte et se borna à adresser une députation à la reine qui fut obligée de se déclarer satisfaite et de promettre une remise de taxe, d'autant plus que les marchands de vin avaient fait une sorte d'émeute devant le Parlement1. Le 14 octobre, la Cour arrêta qu'il serait fait défense aux fermiers de la ville de Paris de lever le nouveau tarif à peine de concussion et que la reine serait suppliée d'augmenter la remise des taxes jusqu'à concurrence de deux millions de livres par an. Le mardi 20 octobre, autre arrêt suppliant le roi d'ordonner qu'aucun sujet, de quelque qualité ou condition qu'il fût, ne pût être jugé au criminel par commissaires, mais seulement dans les formes ordinaires. On demandait en outre l'observation de l'ordonnance de Louis XI d'octobre 1469. Le 22 octobre, des députés du Parlement se rendirent à Saint-Germain pour y présenter des remontrances : ils demandaient une remise d'impôts pour l'année 1648, la mise en liberté des prisonniers et le jugement des coupables, s'il en existait, par les juges ordinaires. Le même jour le premier président présenta la déclaration qui devint celle du 24 octobre2. On voit que, malgré la fin de la conférence, l'activité fiévreuse