Mémoires d'OMER Talon, t. V, p
d'ambition. Aussi ne manquait-il pas les occasions d'attaquer le cardinal et de le décrier dans la ville et dans le Parlement. L'attitude du prince de Condé était plus complexe ; il avait intérêt à ménager le cardinal et voulait cependant s'appuyer sur le Parlement. Le prince de Condé désirait obtenir toutes sortes de faveurs et il savait que Mazarin ne résistait pas aux grands. Aussi ceux qui travaillaient contre Mazarin ne tardèrent pas à s'en apercevoir et le lui firent même comprendre. Le prince de Condé ménageait tout autant le Parlement. Le jour de la rentrée, 12 novembre 1648, il assista au dîner que le premier président avait l'habitude de donner à cette occasion aux présidents et conseillers de la Grand'Chambre et il fit toutes sortes d'amabilités aux magistrats. « Il a caressé, dit Talon, messieurs du Parlement et a travaillé comme un prince lequel souhaiterait l'amitié et la bienveillance de ces messieurs, ce que j'ai imputé à quelques commencements de brouillerie dont Dieu nous garde s'il lui plaît et que ses compliments n'aient autres pensées que la grâce que ledit seigneur prince dit souhaiter du Parlement, afin que, dans l'occasion de ses affaires particulières et domestiques, il y trouve facilité1 ». Mais d'ailleurs, le prince ne songeait nullement à réconcilier Mazarin et le Parlement. Il savait bien que c'était là chose impossible et que le Parlement ne songeait au contraire qu'à se défaire du cardinal. On attendait avec impatience cette occasion et Mazarin, de son côté, ne doutait plus de la nécessité d'engager la lutte. Mazarin préférait toutefois se tenir sur la défensive plutôt que de commencer l'attaque. Mais messieurs des Enquêtes, toujours pleins de fougue et d'ardeur, se chargèrent volontiers du rôle d'agresseur. Ils ne se mirent d'ailleurs pas en frais d'imagination pour