Mémoires d'OMBR Talon, t. VI, p
roi et de son État, lui enjoint de se retirer de la cour dans ce jour, et dans la huitaine hors du royaume. Et le dit temps passé, enjoint à tous les sujets du roi de lui courir sus, fait défense à toute personne de le recevoir et ordonne en outre qu'il sera fait levée de gens de guerre en cette ville en nombre suffisant, à cette fin commissions seraient délivrées pour la sûreté de la ville, tant au dedans que dehors, et exhorter ceux qui amèneraient les vivres et faire en sorte qu'ils soient amenés et apportés en toute sécurité et liberté. Et sera le présent arrêt lu, publié et affiché partout où il appartiendra à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance ; enjoint au prévôt des marchands et aux échevins tenir la main à l'exécution et arrêter que quatre conseillers de la cour assisteront au conseil de la ville1. »
Cet arrêt fut le signal de la guerre civile ; les contem- Arrêt contre porains sont à peu près unanimes pour le critiquer. « Cet Guerreclviie. arrêt ainsi rendu, dit Omer Talon, satisfit toute la populace, étonna les bourgeois dans l'incertitude, mais il consterna tous les honnêtes gens qui aimaient le bien de l'État* ». Madame de Motteville qualifie cet arrêt d'acte de folie et l'histoire a ratifié son jugement. Le premier président Mole, qui y avait pris part, ne peut s'empêcher de dire dans ses Mémoires : « Après ce jour fatal, tous les ordres publics furent renversés ; l'exercice de la justice cessa ; chaque jour les chambres étaient assemblées, matin et après dînée, fêtes et dimanches. Le prétexte était si plausible et le mouvement si rapide qu'il était néces-
1. Le Parlement désigna en effet les conseillers Payen, Broussel, Le Nain, Ménardeau. Voy. sur cet arrêt, Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 520; Isambert, t. XVII, p. 115; Mémoires de Goulas, t. III, p. 9; Registres de V Hôtel de ville, t. I, p. 85; Mémoires du cardinal de Retz, t. I, p. 267.