Mémoires cTOmer Talon, t. VI. p
2. Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 337 et 558. 5. Journal de d'Ormesson, t. I, p. 622 et 629.
aurait même été capable de pousser les choses jusqu'aux dernières limites et d'ébranler le trône comme en Angleterre. C'est toutefois ce que ne pouvait tolérer le Parlement. Il eut, pendant toute la durée de ces troubles, le rare mérite de rester profondément attaché à la monarchie. Il lui en donna des preuves manifestes et on peut dire qu'après avoir préparé la guerre civile, un peu malgré lui, et par cela même que la Cour l'avait abandonné, il fit tout ce qu'il put pour en prévenir les terribles effets. Ce revirement d'ailleurs ne s'opéra pas du jour au lendemain. Du 17 au 22 janvier, le Parlement régla les remontrances qui devaient être adressées à la reine. Il lui exprimait toute sa douleur, mais demandait aussi que Mazarin fût mis entre les mains de la justice « afin de faire un exemple notable qui demeurerait à la postérité pour garantir à jamais le roi d'une usurpation pareille à celle dont il était coupable ».
Le Parlement ordonna aussi la saisie de toutes les denrées ou recettes particulières et prescrivit d'envoyer à toutes les Cours du royaume des lettres destinées à les informer des motifs qui l'avaient obligé à faire des levées pour soutenir les libertés publiques. Le Parlement demandait leur adhésion dans ces conjonctures difficiles. Le 25 janvier, il ordonnait à tous les mendiants valides et non originaires de Paris de quitter la capitale dans les vingt-quatre heures, avec défense d'y rentrer sous peine de fouet; quant aux autres, ils devaient être enrôlés1. Le même jour, le Parlement commit les conseillers Doujat et Leconte à l'effet de se transporter à l'hôtel de Guyon pour y pratiquer des perquisitions et saisir les sommes qui s'y trouveraient; on promettait aux délateurs un dixième des profits. Le même jour aussi, la Cour décida d'envoyer ses
1. En fait cet arrêt ne fut pas exécuté; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 559, 540, 541.
remontrances à la reine par la poste, c'est-à-dire par le maître des courriers de Paris1.
Le Parlement commençait à comprendre qu'il avait en mains toutes les affaires de la capitale avec les chances de la guerre. L'union faite entre les princes et les généraux de Paris ne l'inquiétait pas encore. Pendant cette période de la Fronde, on était convaincu que la noblesse, comme le Parlement, ne poursuivait d'autre but que la conservation de l'État et de l'autorité royale et leur protection contre la mauvaise administration de Mazarin2. Mais il fallait dès maintenant pourvoir à la police de la ville et faire face à tous les dangers. On n'avait pas tardé à constater que la promesse de bénéfices pour les délateurs des adversaires de la Fronde multipliait les dénonciations. On pratiquait des perquisitions et des saisies sous le moindre prétexte et à la suite des délations faites par des personnes qui demandaient ensuite le dixième des sommes découvertes. En huit jours les sommes confisquées s'élevèrent à plus de 600000 livres3. Il fallut créer au Parlement une chambre spéciale pour réprimer ces fraudes. Deux ou trois fois par semaine, on tenait dans la Chambre Saint-Louis une assemblée pour la police où l'on fixait le prix du pain pour les jours de marché, et les conseillers se rendaient sur les places publiques où ils assuraient l'ordre avec l'assistance des compagnies de bourgeois. On établit une chambre de finances qui se tenait chez le premier président et était composée d'officiers du Parlement, de la Chambre des comptes, de la Cour des aides et des trésoriers de France. Cette chambre créait des taxes, plus particulièrement sur les