‹ Le parlement de ParisChapitre 151 sur 238 · Mémoires cTOmer Talon, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires cTOmer Talon, t. VI, p

qu'il témoigna de son désir de sortir des embarras dans lesquels il se débattait et d'obtenir la paix. Dès le commencement de février 1649, le bruit se répandit au Palais que le présidial d'Orléans avait reçu une lettre de cachet et une déclaration ; la première lui défendait de reconnaître le Parlement de Paris et de déférer à ses ordres, sous peine de confiscation de corps et de biens ; la seconde érigeait le présidial d'Orléans en juridiction souveraine. Le 6 février, le Parlement manda le procureur général pour savoir si ces bruits étaient exacts et, sur sa réponse affirmative, « il fut maltraité par une infinité de jeunes gens des Enquêtes, de voix confuses qui l'accusaient de prévarications1 ». Le lendemain, les gens du roi se rendirent à l'assemblée pour excuser le procureur général et lui soumettre des propositions. L'avocat général Talon expliqua que l'érection du présidial d'Orléans en juridiction souveraine était la conséquence nécessaire d'une déclaration antérieure portant suppression de tous les offices du Parlement. Cette suppression elle-même s'expliquait par les arrêts rendus depuis le 6 janvier et qui réglaient le gouvernement de la ville. L'avocat général reconnaissait qu'ils sortaient de la compétence ordinaire du Parlement, mais il les expliquait et les justifiait par la nécessité du temps ; le Parlement n'avait fait que veiller à la défense de Paris. L'avocat général concluait à de secondes remontrances « pour avoir la paix et du pain et par ce moyen se mettre dans un devoir qui est toujours légitime et honorable en la personne des sujets à l'égard de leurs princes ». Il ajoutait : « Que si la reine ne veut point recevoir vos remontrances, comme elle n'a pas voulu recevoir les premières, les peuples les verront et apprendront que rien ne vous doit être imputé et que vous

1, Mémoires cTOmer Talon, t. VI. p. 32.

vous êtes mis dans votre devoir1 ». Ce discours ne fut accueilli par aucune marque d'approbation ou d'improbation. Au fond la majorité du Parlement partageait les sentiments exprimés par l'avocat général et, lorsque les gens du roi se furent retirés, le doyen de la Cour, M. Crespin, reprit la proposition. Il dit qu'il était vieux, que son âge l'obligeait à avoir peur et qu'il souhaitait la paix pour la France et pour Paris. Aussitôt les jeunes membres des Enquêtes poussèrent des clameurs pour empêcher la délibération ; ils repoussaient tout projet d'accommodement ; d'autres disaient qu'ils ne pouvaient rien décider sans avertir les généraux ; on fit appeler le prince de Conti. Il apprit à la compagnie qu'une bataille était engagée à Charenton. Il faut donc qu'on attende les résultats avant de prendre aucun parti. On les connut bientôt. Déjà, dans plusieurs rencontres antérieures, le prince de Condé avait infligé aux troupes de la Ligue, mal organisées et sans discipline, plusieurs défaites. Celle de Charenton fut un véritable désastre.

La majorité du Parlement se rendit un compte très exact de la situation. Sans doute la compagnie conservait toute sa haine pour le cardinal : le 16 février, elle ordonnait la vente de tous ses meubles à l'exception de sa bibliothèque2, mesure mesquine et presque puérile dans des conjonctures aussi graves. Mais les sentiments avaient changé vis-à-vis de la reine; la majorité était disposée à se soumettre ou tout au moins à entrer en négociations. Dès le 10 février, on demanda à délibérer sur la proposition des gens du roi tendant à de nouvelles remontrances. En vain Broussel prit la parole pour s'opposer à cette motion, sous prétexte que l'heure n'était pas venue de faire la paix. Ce jour-là, les modérés surent dire et imposer

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