Journal de d'Ormesson, t. I, p
ment. Cette réponse, rapportée à Paris, y produisit un effet considérable. On crut que la paix allait être signée1. Mais cette paix désirée par la majorité du Parlement ne faisait pas l'affaire de la noblesse de la Fronde. Doit-on lui imputer d'avoir fait entrer en scène l'archiduc Léopold, qui envoya un ambassadeur au Parlement pour lui déclarer que l'archiduc avait reçu des offres de paix du cardinal Mazarin, sous condition d'aider la reine à réprimer la rébellion du Parlement et que l'archiduc, loin d'accepter cette condition imaginée par un ministre discrédité et aux abois, venait offrir au Parlement d'être l'arbitre entre la France et l'Espagne? L'envoyé de l'archiduc fut présenté au Parlement par le prince de Gonti. Nombre de magistrats furent profondément froissés de ce qu'un prince du sang de France proposait de donner séance, au Parlement, au député du plus cruel ennemi de la France. Le président de Mesmes prononça quelques paroles empreintes du plus noble patriotisme. Il fut soutenu par l'avocat général Talon, mais en vain, et le Parlement décida, par 145 voix contre 70, que l'envoyé espagnol serait entendu, mais qu'il ne serait pas délibéré sur les propositions de l'archiduc Léopold tant que la reine n'aurait pas fait connaître sa volonté. Malgré cette sage réserve, l'entrée de l'envoyé espagnol au Parlement fit scandale dans Paris et on reprocha au Parlement, qui se disait si zélé pour l'État, de recevoir des propositions de nos ennemis. « Monseigneur lui-même, dit Goulas, si affectionné au Parlement, ne lui pouvait passer cette faute et depuis, ses plus passionnés partisans sont tombés d'accord qu'il s'était fait une tache en cette rencontre, que plusieurs siècles d'obéissance aveugle auront peine d'effacer2. »