Mémoires d'OMER Talon, t. VI, p. 58 et
5. Voir son discours dans les Mémoires d'OMER Talon, t. VI, p. 05.
commise ne doit être employée que pour leur défense et non la retourner contre eux-mêmes. Si l'on veut chercher les vraies causes du désordre, on les trouvera dans l'oppression du peuple par les impôts. C'est à la reine à rétablir la paix en accordant l'armistice, en ouvrant des passages et en faisant retirer les troupes à vingt lieues. » Le premier président avait parlé avec autant de hardiesse que de dignité, et, ce qui est tout aussi remarquable, c'est que la Cour et la reine ne leur en témoignèrent aucun mécontentement.
La reine ne répondit rien pour le moment; elle prescrivit seulement de traiter les députés avec la plus grande civilité.
Le lendemain ils reçurent la réponse préparée en conseil : c'était un refus d'ouvrir les passages. Les députés s'écrièrent que ce refus jetterait Paris dans le désespoir et qu'il valait mieux faire régner la reine par amour que par force. On leur répliqua que s'ils voulaient obtenir quelque chose, ils devaient commencer par obéir. Ils demandèrent alors en quoi consisterait cet acte d'obéissance. Comme on leur dit qu'il s'agissait de consentir à une translation, le président déclara net que sa compagnie n'accepterait jamais une pareille peine pour un crime qu'elle n'avait pas commis ; le Parlement était sédentaire en vertu d'une loi fondamentale du royaume; on avait parlé d'une conférence, que le Parlement était prêt à accepter, mais il fallait pour cela accorder des passeports et ouvrir des passages.
Le prince de Condé transmit cette proposition à la reine et revint pour répondre aux députés du Parlement que la reine acceptait, à la condition que les représentants du Parlement à la conférence auraient pleins pouvoirs. La reine ajoutait qu'elle ferait ouvrir des passages dès qu'elle saurait que le Parlement consentait à cette condition. Le
jour même les députés rentraient à Paris, satisfaits de leurs négociations1.
Néanmoins certains Frondeurs, et particulièrement ceux de la noblesse, manifestèrent un assez vif mécontentement. Mais le Parlement ne voyait plus jusqu'où voulait aller la noblesse frondeuse; il pouvait constater aussi que son autorité n'était plus respectée dans Paris. C'est ainsi que, malgré ses défenses, des libelles commençaient à se répandre dans la ville. On y faisait aussi courir le bruit de la convocation prochaine des États généraux.
Le même bruit s'était répandu dans les provinces et le parlement de Rouen avait écrit à celui de Paris pour lui demander s'il avait l'intention d'y envoyer des députés. Cette proposition souleva des protestations du président de Mesmes qui lui reprocha d'être contraire à tous les usages2. Sur ces entrefaites, les troupes du roi continuaient à remporter de nouveaux succès et s'emparaient même de la petite ville de Brie. Une émeute éclatait à Paris; on s'en prenait aux généraux de la Fronde qui ne savaient pas se défendre, on se plaignait de la cherté du pain. Comme dans toutes les circonstances de ce genre, on disait qu'il y avait des traîtres dans la capitale et jusque dans le Parlement. Aussi les gens du roi ayant, le 27 février, proposé une conférence, dès le lendemain le Parlement rendit un arrêt dans ce sens ; la conférence se tiendrait dans le lieu qu'il plairait au roi de choisir; on y enverrait quatre présidents, un ou deux généraux, deux maîtres des Requêtes, deux conseillers de la Grand'Chambre, un de chaque chambre des Enquêtes, un des Requêtes, deux conseillers de chacune des compagnies souve-
1. Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 350 à 558; Mémoires du cardinal de Retz, l. I, p. 556; Journal de d'Ormesson, t. I, p. 692, 695, 698; Mémoires d'ÛMER Talon, t. VI, p. 66.
2. Journal de d'Ormesson, t. I, p. 69K; Mémoires de Mathieu Mole. t. III, p. 359 et 361.
raines de Paris, le prévôt des marchands ou l'un des échevins, tous avec pleins pouvoirs à l'effet d'arriver à la pacification du royaume1. Les gens du roi furent chargés d'aller à Saint-Germain pour demander des passeports. La reine leur fit un excellent accueil ; elle leur dit qu'elle était heureuse d'apprendre les bonnes dispositions du Parlement; chaque fois que le Parlement ferait un pas d'obéissance, elle en ferait deux de bonté ; elle acceptait la conférence qui se tiendrait à Rueil, le seul village capable de loger les députés et assez près de Saint-Germain pour permettre au duc d'Orléans d'y venir de Saint-Germain; enfin elle accordait la liberté des passages, sauf à s'entendre avec le duc d'Orléans et le prince de Condé sur l'étendue de ces dernières concessions. Il fut aussi convenu qu'on laisserait entrer à Paris, par jour, cent muids de blé2.
La conférence se tint en effet à Rueil où les députés conférence arrivèrent dès le 4 mars 16493. Ils étaient au nombre de vingt-deux, douze du Parlement, un maître des Requêtes, trois de la Chambre des comptes et de la Cour des aides, savoir les premiers présidents des compagnies et deux maîtres de la Chambre des comptes ainsi que deux de la Cour des aides, deux échevins et un conseiller de la ville. Les gens du roi agitèrent entre eux la question de savoir s'ils devaient assister à cette réunion. Le procureur général et l'avocat général Bignon en étaient d'avis, mais Talon se prononça en sens contraire et son opinion l'emporta. Il fit remarquer qu'ils devraient, en effet, prendre
4. Isambert, t. XVII, p. 159; Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p. 69. 2. Mémoires cTOmer Talon, t. VI, p. 70 à 78.
5. Voy. sur cette conférence : Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p. 78; Mémoires du cardinal de Retz, t. I, p. 457; Mémoires de Mme de Motteville, t. II, p. 561 ; Mémoires de Goulas, t. III, p. 56 à 59.
part à la conférence si celle-ci était obligée d'en référer à la compagnie. Mais telle n'était pas sa mission : elle avait un pouvoir de décision propre et n'avait dès lors aucun besoin d'intermédiaire avec le Parlement. Il pourrait même lui arriver, si les gens du roi se présentaient, de leur demander ce qu'ils viennent faire, ce qui les jetterait dans un sérieux embarras. Le mieux était donc de s'abstenir et c'est en effet ce qui fut décidé1.
Le parlement de Rouen envoya aussi des députés. Pendant les quatre premiers jours on ne fit rien et une rupture fut même sur le point d'éclater, parce que les députés du Parlement ne voulaient pas accepter Mazarin comme député de la reine. Mais l'arrivée à Paris d'un second envoyé de l'archiduc, la saisie des lettres de Gonti et de Bouillon envoyées à Bruxelles, fit comprendre à tous qu'un accommodement était nécessaire et on trouva un biais pour tourner la difficulté. Les négociations furent même rapidement enlevées. C'est qu'en effet le blé promis n'entrant pas en ville, le peuple criait fort; le Parlement manda à ses députés de surseoir jusqu'à ce que les muids de blé fussent livrés, ce qui fut fait. Parmi les propositions discutées à celte conférence, il faut relever celle du ministère qui tendait à transférer le Parlement à Saint-Germain. « Sur quoi le premier président, dit Goulas, ne répondit jamais, laissant parler tous les autres, mais secoua toujours sa grande barbe en souriant et faisant entendre qu'on se moquerait dans sa compagnie d'une si ridicule chose. Mais ce bonhomme, très bon Français, fâché de tant de désordre où sa patrie était plongée, de la fortune qu'elle courait, de la misère du peuple, d'ailleurs mal satisfait des généraux du parti et du coadjuteur qui semblaient ne songer qu'à fomenter le trouble et prolonger la