‹ Le parlement de ParisChapitre 158 sur 238 · Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p

guerre, et considérant que le Parlement avait son compte tout entier et la ville le sien, résolut de conclure promptement ; sans avoir égard si le cardinal demeurait ou ne demeurait pas, et quoiqu'il eût écrit à Paris qu'il surseoirait jusqu'à ce que la ville eût reçu le blé et que les députés de Normandie fussent arrivés , voyant que M. de Longueville avait eu tout le temps qu'il lui fallait pour traiter, il conclut et signa, même voulut que le cardinal signât en qualité de premier ministre1. »'

La convention de Rueil décidait que tous les passages seraient ouverts, tant par eau que par terre, et que la liberté du commerce serait rétablie. Le roi tiendra un lit de justice à Saint-Germain pour lire sous forme de déclaration les articles arrêtés à la conférence : le Parlement ne tiendra pas d'assemblée des chambres pendant l'année 1649, si ce n'est pour la réception des officiers et pour la lecture des mercuriales; les déclarations des mois de mai, juillet et octobre 1648, vérifiées au Parlement, seront exécutées, sauf en ce qui concerne le prêt; « tous les arrêts qui ont été rendus par ladite cour du Parlement de Paris, depuis le 6 janvier dernier jusques à présent, demeureront nuls et comme non avenus, excepté ceux qui ont été rendus tant avec le procureur général qu'entre des particuliers présents, tant en matière civile que criminelle, adjudication par décret et réception d'officiers » ; les lettres de cachet, déclarations, arrêts du Conseil, relatifs aux derniers événements et rendus depuis le 6 janvier dernier, seront annulés ; les gens de guerre levés par le Parlement et par la ville de Paris seront licenciés et le roi fera retirer ses troupes des environs de Paris, pour les envoyer dans leurs garnisons ordinaires ; les habitants de Paris poseront

1. Mémoires de Goulas, t. III, p. 59 et 40. Le texte du traité de Rueil du 11 mars 1649 se trouve à la suite des Mémoires du cardinal de Retz, t. II, p. 657 et dans Isambert, t. XVII, p. 161.

les armes; le député de l'archiduc Léopold sera renvoyé sans réponse; les papiers, meubles, enlevés à des particuliers, leur seront rendus ; la Bastille et l'Arsenal seront restitués au roi ; le roi pourra emprunter pour les besoins de l'État au denier douze pendant la présente année et l'année suivante; les princes, seigneurs et autres personnes qui ont pris les armes seront conservés dans leurs biens, bénéfices, dignités, etc. ; le roi rentrera à Paris le plus tôt possible; il sera accordé décharges générales, pour les deniers pris, enlevés ou reçus, tant publics que particuliers, meubles vendus tant à Paris qu'ailleurs, comme aussi pour la commission donnée pour la levée des gens de guerre; les élections de Saintes, Cognac, Saint-Jeand'Angély, distraites de la Cour des aides de Paris et attribuées à la cour de Guyenne, feront retour à la Cour des aides de Paris; le roi pourvoira au soulagement des contribuables de l'élection de Paris; lorsqu'il traitera avec l'Espagne ; il prendra quelques-uns de ses négociateurs parmi les membres du Parlement de Paris1.

Au moment de la signature de ce traité s'éleva une difficulté passagère : le duc d'Orléans désirait que le traité fût signé de tous les députés, tant du roi que du Parlement, et parmi les premiers se trouvait, on s'en souvient, le cardinal Mazarin. Quelques députés du Parlement soutinrent que le cardinal ne pouvait pas signer à cause de sa condamnation. On leur fit observer que toute chose étant remise en l'état, cette condamnation n'existait plus. Le duc d'Orléans ajouta que la signature du cardinal serait une preuve de la réconciliation et une marque de respect envers le roi qui l'avait nommé député. Cet avis passa en effet à la majorité2.

1. Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 570; Isambert, t. XVII, p. 161.

2. Voy. 1 enumération des personnes qui ont signé dans Isambert, t. XVII, p. 104, note.

La nouvelle de la paix commença par réjouir tout le monde à Paris et surtout le peuple. Mais lorsqu'on apprit qu'elle avait été signée par Mazarin comme premier ministre, une véritable rage éclata de toutes parts. Le palais fut envahi par une multitude furieuse qui proférait des menaces contre le premier président. Celui-ci fut encore une fois admirable de calme et de dignité. « Je l'observais et l'admirais, dit le cardinal de Retz, je ne lui vis jamais un mouvement dans le visage, je ne dis pas qui marquât la frayeur, mais qui ne marquât une fermeté inébranlable et une présence d'esprit presque surnaturelle qui est quelque chose de plus grand que la fermeté. » Ses collègues lui reprochaient de n'avoir pas obtenu assez de concessions. Le prince de Conti le blâmait d'avoir fait la paix sans appeler les généraux à la conférence. Mole fit face à tous : il déclara au prince de Conti qu'on n'avait pas pu l'appeler parce qu'au moment même où se tenait la conférence il négociait avec les Espagnols ; aux généraux de la Fronde, qu'ils n'avaient pas le droit de se plaindre puisqu'ils étaient restitués dans leurs biens, honneurs, charges, dignités; à tous, que le peuple n'avait plus d'argent pour la guerre1.

La tempête était déchaînée contre Mole à ce point que les généraux, peut-être pour assurer sa sécurité, plus probablement pour lui faire peur, lui donnèrent le conseil de sortir par une porte dérobée. Le premier président s'en indigna et, loin de suivre cet avis, il obligea M. de Beaufort et le coadjuteur de sortir avec lui par la grande salle. Le même jour, il reçut la visite des généraux et leur fit entendre que s'ils poursuivaient l'éloignement du cardinal, c'était peine perdue : la reine ne souffrirait pas qu'on en fît la proposition au Parlement et son autorité devait être

1. Mémoires du cardinal de Retz, t. I, p. 458; Journal, de d'ORmesson, t. I, p. 707 et suiv. ; Mémoires de Goulas, t. III, p. 41 ; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 376 à 390.

respectée, car la régente ne sortait pas des limites de son droit1.

Le lendemain de cette orageuse séance, le Parlement décida qu'il entendrait la relation du premier président; cette lecture eut en effet lieu le 15 mars dans une nouvelle séance orageuse qui ne dura pas moins de sept heures. On finit cependant par décider que la paix serait acceptée, mais que les députés retourneraient à Saint-Germain pour supplier la reine de réformer quelques articles et de consentir à ce qu'on parlât dans la paix des intérêts des généraux de la France, du parlement de Rouen et de M. de Longueville.

On demandait la révocation de trois articles : de celui qui annonçait un lit de justice tenu à Saint-Germain, de celui qui interdisait les assemblées pendant un an et enfin de celui qui rétablissait le prêt et les avances pendant un an2.

De nouvelles négociations commencèrent en effet, auxquelles prirent part les seuls députés du Parlement du côté delà Fronde. Les députés de la Chambre des comptes, ceux de la Cour des aides et ceux de l'Hôtel de Ville y restèrent étrangers. Le Gouvernement était représenté par le chancelier, le maréchal de la Meilleraye, le maréchal de Villeroy, le comte de Brienne, MM. d'Avaux, de la Rivière et le Tellier. Le duc d'Orléans, le prince de Condé et Mazarin s'abstinrent3.

Signature Tout ce qui se passa alors jusqu'à la signature défini-

e a paix. ^ye ^ ja ^x ^ vrajmen^ lamentable. Chacun ne songea

qu'à son intérêt égoïste et oublia aussi bien celui de l'État que celui du peuple. La noblesse fit preuve dans cette

4. Mémoires (TOmer Talon, t. VI, p. 82. 2. Mémoires (TOmer Talon, t. VI, p. 85.

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