Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p
circonstance d'une rapacité extraordinaire; Goulas dit qu'elle en profita pour demander au Conseil du roi le Pérou et ses mines. Le 20 mars, les généraux de la Fronde firent dire à la nouvelle conférence qui, d'après la décision de la reine, se tenait à la chancellerie, qu'ils se désistaient de toutes leurs prétentions, pourvu que le cardinal Mazarin fût exclu du ministère.
Mais lorsque le comte de Maure dit de la part du prince de Conti qu'une des nouvelles conditions de la paix était l'exclusion du cardinal Mazarin, le chancelier ne put s'empêcher d'observer que cette proposition était injurieuse pour le roi et qu'elle n'était pas comprise dans les demandes du Parlement. Quant aux revendications des seigneurs, elles continuaient à être tout simplement extraordinaires et absurdes; ils demandaient toute la France1. Les prétentions des députés de Normandie étaient aussi très nombreuses : suppression ou réduction de taxes ; diminution de moitié du droit du pied fourché ; remise du quart de la taille ; réduction du prix du sel qui sera ramené à celui de 1635; interdiction de divertir de leur destination les levées de deniers pour les ponts, passages, travaux publics des villes; annulation des aliénations du domaine; suppression des augmentations des cinq grosses fermes ; rétablissement des anciens privilèges des foires de Rouen et autres villes de la province ; suppression du semestre et des offices établis depuis 1641 ; promesse de ne faire aucune recherche des personnes qui ont touché ou payé des deniers du roi à l'occasion des derniers événements ; envoi par le roi de ses troupes aux frontières ; décharge pour la Normandie de toute garnison pendant la présente année; négociation pour la paix générale. Toutes ces demandes de Messieurs de Normandie
1. On les trouvera dans les Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 420 et suiv. ; Mémoires d'OMER Talon, t. VI, p. 87,
furent accordées, sauf réserve pour les semestres et pour les paiements faits en vue de la levée des soldat-'.
Pendant ces négociations, on continuait à agir à Paris contre le cardinal, comme si la paix n'avait pas été faite, et l'on vendait son mobilier3. Le prince de Contî déclarait de nouveau au Parlement qu'il se désistait de toute- ses prétentions si l'on éloignait le cardinal". A la conférence, Mazarin se préoccupait fort de la saisie de ses biens et ne cessait de parler de la restitution de ses meubles \ De leur côté, les troupes du roi. malgré la suspension des armes, se permettaient toutes sortes d'actes d'hostilité, pillaient les maisons des environs de Paris, interceptaient les communications. On fortifiait même Lagny et Corbeil, malgré les promesses fait -
Cependant la Cour et le ministère desiraient vivement une paix définitive: car il était facile de se convaincre que la guerre civile éclatait partout en France. La Normandie suivait M. de Longueville et continuait à refuser de reconnaître le comte d'Hareourt que le roi lui avait envoyé comme gouverneur. La Guyenne était partagée et bien que le duc d'Épernon, suffisamment pourvu de troupes, eût fait tout son possible pour rétablir l'autorité du roi dans cette province. Bordeaux s'était déclaré pour Paris. La Provence entière se soulevait pour se venger des violences qu'elle avait subies. Dijon et Toulouse chassaient leur premier président: Poitiers et la plus grande partie du Poitou, Orléans, Chartres, faisaient cause commune