‹ Le parlement de ParisChapitre 164 sur 238 · Mémoires cTOmer Talon, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires cTOmer Talon, t. VI, p

d'officiers. Les semestres étaient supprimés aux parlements d'Aix et de Rouen. Enfin, il y avait amnistie générale.

La reine ne dissimula pas la joie qu'elle éprouvait par cet arrangement; elle était surtout satisfaite de conserver son ministre. Aussi le premier président Mole reçut-il les félicitations du roi lui-même, de la reine, du prince de Condé, du secrétaire d'État Le Tellier. Le 3 avril, le roi fit chanter un Te Deiirn à Notre-Dame et de la part du Parlement. Le lendemain, les gens du roi et trente députés du Parlement se rendirent à Saint- Germain pour saluer le roi et la reine. On les garda à dîner et le roi chargea même le prince de Condé, en qualité de grand maître de la maison, d'excuser la Cour de ce que le menu n'était pas assez relevé. Mais lorsque les députés essayèrent d'intercéder pour des généraux auprès de la reine, celle-ci reprit un air sérieux et mécontent.

Les audiences furent reprises au Parlement sans bruit et sans difficulté ; la Chambre des comptes et les autres compagnies exprimèrent la même satisfaction ; le Parlement envoya une députation au duc d'Orléans et une autre au prince de Condé pour les féliciter1. Mais les généraux de la Fronde restaient au contraire fort irrités, ainsi qu'une partie de la noblesse. Tandis que les gens de robe regrettaient cette sorte de nouvelle guerre civile, les généraux et les seigneurs étaient mécontents de ce qu'on ne l'eût pas prolongée. Omer Talon n'hésite pas à regretter

1. Mémoires cI'Omer Talon, t. VI, p. 128; Mémoires de Mathieu Mole, t. III, p. 484, et t. IV, p. 3, 7 et 9. Voy. le texte du traité dans les registres de l'Hôtel de Ville, t. I, p. 432 et dans Isambert, t. XVII, p. 163. Mme de Motteville attribue le mérite de la paix au prince de Condé et non pas au premier président. Peut-être est-il possible de la mettre d'accord avec ses contemporains qui tiennent compte de ce succès à Mole, en disant que ceux-ci se placent du côté de la Fronde, tandis que Mme de Motteville a en vue le parti de la Cour.

que le Parlement, par son entêtement et son mauvais vouloir, ait obligé la reine à recourir aux mesures violentes1. Mais ensuite il reconnaît que le Parlement a découvert sa faute lorsqu'il s'est vu dans la nécessité de s'appuyer sur la populace qui voulait le désordre et le pillage et sur les généraux qui entendaient devenir les maîtres. Maintes fois les magistrats avaient été, pendant ces derniers événements, injuriés, menacés, diffamés. « De protecteurs et de pères du peuple qu'ils voulaient être et pour réprimer la facilité de la cour et abaisser cette trop grande autorité, ils sont devenus les valets et les esclaves du même peuple qu'ils avaient voulu soulager.... Aussi il y a quelque apparence qu'ils ne s'y embarqueront pas facilement une autre fois à cause du péril qu'ils y ont aperçu et du peu d'utilité qu'ils y ont rencontré2. » Quant aux généraux, les uns avaient fait cause commune avec le Parlement par dépit, les autres par intérêt et ils avaient même eu soin, pour que l'affaire pût devenir grave et durer longtemps, de traiter avec les Espagnols et de les introduire dans le royaume ; ils voulaient devenir les maîtres de la situation. Mais ce moyen n'avait pas réussi et, maintenant que la paix était faite, ils ne l'acceptaient que de mauvaise grâce et cherchaient le moindre prétexte pour recommencer. D'ailleurs leurs troupes les embarrassaient singulièrement. Qu'allait-on en faire? Comme elles étaient mal payées, elles volaient publiquement. On parvint cependant à les faire sortir de Paris et à les loger dans les environs, notamment à Villejuif et à Vuitry. Puis Mole fut obligé d'emprunter de l'argent pour les licencier. De leur côté, les troupes du roi commettaient toutes sortes de malversations, même dans leurs nouvelles garnisons. Aussi certaines villes, prévenues de ces désordres, refu-

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