‹ Le parlement de ParisChapitre 17 sur 238 · La. Roche Flavin, liv. XIII, chap. xm, p · texte numérisé non relu

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roi divisa l'assemblée en quatre États et aux trois anciens il ajouta l'Etat de la justice. Il appela en effet les premiers présidents des divers parlements du royaume, au nombre de neuf, en y comprenant celui de Paris. En outre tous les autres membres du Parlement de Paris firent aussi partie de l'assemblée. Comme le nombre de ces magistrats égalait celui des représentants des autres ordres, le roi imagina d'en former un nouvel Etat qui prit rang entre la noblesse et le tiers.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir quelle pouvait être l'intention de Henri II. Les uns ont pensé que la vénalité des charges avait donné aux gens de justice une existence propre et qu'il était dès lors naturel de les considérer comme formant dans l'Etat un corps distinct qui avait droit à sa représentation personnelle dans les assemblées de la nation. Il est plus probable que le roi comptait s'attirer par là la sympathie des magistrats qui, en effet, ambitionnaient depuis longtemps de former un quatrième État dans l'État. Ces magistrats étaient généralement riches et le roi avait besoin d'argent; s'ils consentaient à ouvrir leur bourse, les autres États imiteraient leur exemple. Il n'en est pas moins certain que le tiers état se montra fort récalcitrant, lorsqu'on lui demanda de l'argent.

Mais tout à coup un événement imprévu et heureux, la prise de Calais par le duc de Guise sur les Anglais, qui possédaient cette place depuis deux siècles, excita un tel enthousiasme, qu'on accorda par acclamation au roi tout ce qu'il demandait et qu'on lui promit même davantage si cela était nécessaire. Dès lors l'État de justice n'avait pas pu rendre les services qu'on attendait de lui. Ajoutez à cela que ces États généraux ressemblaient plutôt à une assemblée de notables, à raison du petit nombre des députés et de l'absence d'élections régulières. Aussi les

parlements ne purent-ils pas tirer de cette réunion, pour l'avenir, le profit qu'on en espérait.

Le Parlement de Paris ne tarda pas à se séparer de nouveau de la royauté à propos des affaires religieuses et des finances. Sous l'influence du cardinal de Lorraine, le roi voulait établir le tribunal de l'Inquisition en France et conférer aux juges d'Église le droit de juger les hérétiques sans appel. Mais le Parlement du semestre d'hiver refusa d'enregistrer les deux édits, et celui du semestre d'été décida d'envoyer des remontrances au roi. Le premier président Séguier et le conseiller Dudrac se rendirent auprès du roi à Villers-Cotterets et lui dirent entre autres choses « qu'il serait juste d'imiter l'exemple de la primitive Église qui ne s'est pas servie du fer et du feu pour établir et étendre la religion, mais de la pure doctrine et des bons exemples des pasteurs ». Selon son habitude, Henri II répondit qu'il prenait ces observations en bonne part et qu'il examinerait de nouveau l'affaire dans son Conseil. Mais en réalité il n'en tint aucun compte et les protestants continuèrent à être persécutés. On renonça à créer le tribunal de l'Inquisition dépendante du pape, mais il fut décidé que les prélats jugeraient les crimes d'hérésie, et le Parlement consentit à l'enregistrement de la bulle du pape Paul IV, à la condition que les membres du clergé séculier relèveraient seuls de cette juridiction et que les juges seraient pris dans le clergé de France.

En même temps le roi donnait satisfaction à la magistrature en abolissant les semestres du Parlement et en rétablissant les épices, tout en laissant subsister l'augmentation des gages qui avait été admise pour en tenir lieu. Il espérait par ces bonnes grâces obtenir plus facilement l'enregistrement d'édits bursaux. Néanmoins lorsque le roi décréta un emprunt général sur toutes les villes du

Affaires

religieuses

et financières;

rapports

de Henri II

avec

royaume et créa une chambre des comptes à Toulouse, dont les charges furent toutes mises en vente, le Parlement protesta contre ce trafic de la justice. Le roi accueillit ces observations en remerciant les magistrats de leurs bons conseils et en leur promettant de mettre un terme aux abus.

Peu de temps après, il se rendit, sans avertissement préalable, au Parlement, le 15 juin 1559. Il demanda aux magistrats d'exprimer en sa présence et en pleine liberté leurs opinions sur les mesures à prendre pour arrêter les progrès de l'hérésie. Plusieurs conseillers, déjà convertis à la nouvelle religion, parlèrent en faveur de la modération. Un d'eux, Anne Du Bourg, se plaignit de ce que les crimes les plus graves contre la religion et contre l'État restaient impunis, tandis qu'on envoyait au supplice des malheureux à cause de leur foi. Parmi les crimes impunis, Anne Du Bourg cita l'adultère; et le roi, se croyant directement insulté, ordonna son arrestation immédiate, ainsi que celle de deux autres conseillers dont le langage lui avait déplu.

François n. Un mois plus tard, le roi Henri II mourait et son successeur François II montait pour dix-huit mois sur le trône. L'attitude du roi Henri II avait été, on l'aura remarqué, bien différente de celle de François Ier. Celui-ci était un grand roi qui traitait le Parlement avec hauteur; il lui résistait ou lui imposait violence à l'occasion, mais d'ailleurs il en faisait un instrument de sa politique et le consultait dans les circonstances les plus graves. Henri II appelle plus souvent encore le Parlement aux affaires politiques et fait presque toujours bon accueil à ses demandes ou à ses décisions. Fort souvent il n'en tient pas compte ensuite, mais cette attitude plus réservée et plus calme du roi n'en permet pas moins au Parlement

d'élargir son rôle et ce mouvement d'extension aurait continué après la mort de Henri II si, à cette époque, le Parlement ne s'était pas heurté au chancelier de l'Hospital qui, tout en acceptant le rôle considérable des parlements, entendait cependant que chacun restât à sa place et dans ses attributions,

L'édit de Romorantin de mai 1560 ayant attribué aux évoques la connaissance du crime d'hérésie et la répression des assemblées illicites, le Parlement fit des remontrances contre cette mesure qui restreignait sa juridiction, mais il consentit cependant à enregistrer l'édit sur les observations de l'Hospital dont la modération était bien connue. Le grand chancelier avait compris que si cet édit élargissait la juridiction des évêques, du moins avait-il l'avantage de préserver la France de l'établissement de l'Inquisition dont on parlait encore. D'ailleurs, peu de temps après, le chancelier de l'Hospital fit rendre une déclaration portant que, par l'édit du mois de mai, le roi n'avait pas entendu ôter au Parlement de Paris la cannaissance des assemblées illicites1. A cette occasion et dans la harangue qu'il prononça devant le Parlement, le 9 septembre, l'Hospital s'éleva contre les abus de la justice, contre l'oubli de la discipline, contre la résistance du Parlement à enregistrer l'édit qui établissait la juridiction consulaire : le chancelier était bien décidé à respecter les parlements, mais aussi à arrêter leurs empiétements.

Après la mort de François II et pendant la régence Le Parlement de la reine mère, l'heureuse influence du chancelier de etIHosPllall'Hospital se maintint, mais, dans plus d'une circonstance, il se heurta à la résistance des magistrats qui se laissaient emporter par la passion religieuse. Le 19 avril 1561, le

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