‹ Le parlement de ParisChapitre 180 sur 238 · Isambert, t. XVII, p · texte numérisé non relu

Isambert, t. XVII, p

princes de l'Église universelle se persuadent qu'ils sont des souverains, surtout depuis qu'en 1650 le pape leur a accordé le titre d'Éminence et la qualité d'éminentissime ; ils croient facilement qu'ils ne sont sujets du roi que dans une certaine mesure et qu'ils sont avant tout les arbitres des grandes affaires de la chrétienté, chargés de faire prévaloir les intérêts et les maximes de Rome sur l'autorité et la puissance royale. N'a-t-on pas osé, en 1659, dans une assemblée tenue à l'abbaye de Sainte-Geneviève, condamner un livre sur les libertés de VEglise gallicane, parce que cette assemblée avait à sa tête le cardinal de Larochefoucauld? Il serait facile de montrer, par nombre d'exemples, que les cardinaux ont toujours éprouvé des faiblesses pour la cour de Rome; le cardinal de Richelieu lui-même, en 1641, a décidé le roi à renoncer à la régale temporelle. On ne relève, dans toute notre histoire, que deux cardinaux qui aient été vraiment utiles à l'État : le cardinal d'Amboise, sous Louis XII, et le cardinal Duprat, sous François Ier. Comment en pourrait-il être autrement, alors que la cour de Rome leur persuade qu'ils ne relèvent pas des souverains temporels et que les cardinaux prêtent serment d'exécuter, sans réserve ni exception, tout ce qui leur sera ordonné par le Saint-Siège ? Ces sentiments des gens du roi étaient ceux du Parlement tout entier. Aussi cette cour de justice s'offensa-t-elle de l'opposition formée par les évêques à la déclaration touchant l'exclusion des cardinaux des Conseils du roi.

Le Parlement II y avait ainsi conflit entre le Parlement et le clergé1.

et l'assemblée ^ *■> 1 i i . •. »• 1

de la noblesse. ^e son co^e *a noblesse tenait, sans convocation du roi, mais avec l'assentiment du duc d'Orléans, des assemblées pour délibérer sur les affaires de l'État. Elle y avait

1. Mémoires cTOmer Talon, t. VII, 2e partie, p. 49 et suiv., 54 à 7'J.

demandé la liberté des princes, le renvoi de Mazarin et le maintien des privilèges de la noblesse sans cesse menacés par les officiers du roi. Elle avait obtenu satisfaction sur les deux premiers points; elle insistait sur le troisième et ne consentait pas à se séparer. L'assemblée de la noblesse s'était même grossie des membres du clergé mécontents de ce que le Parlement voulait l'exclusion du ministère contre tous les cardinaux, même français. Cette assemblée demandait maintenant la convocation des États généraux. Le duc d'Orléans n'en voulait à aucun prix et éprouvait une méfiance très légitime vis-à-vis de l'assemblée de la noblesse. Le Parlement n'y tenait pas davantage, mais la reine, à peu près prisonnière dans Paris, peut-être même pour embarrasser le Parlement, promit aux nobles que les Etats généraux seraient convoqués à Tours pour le 1er octobre, après la majorité du roi. En exécution de cette promesse, des lettres furent même expédiées aux gouverneurs des provinces et aux baillis1. Le clergé et la noblesse ne furent pourtant pas satisfaits : ils auraient voulu que les Etats généraux fussent, non pas seulement convoqués, mais aussi tenus avant la majorité du roi. Ils craignaient que le roi ne révoquât la convocation si sa majorité était déclarée avant la tenue des États. La reine céda encore une fois et il fut convenu que les États s'ouvriraient le 8 septembre, c'est-à-dire le lendemain de la majorité du roi. On expédia, en conséquence, le A avril, de nouvelles lettres aux gouverneurs et aux baillis2. On sait que la Cour ni le Parlement ne se souciaient de la réunion des États généraux ; aussi n'eut-elle pas lieu. Le Parlement, ne pouvant tolérer que la noblesse prît part aux affaires de l'État, alla jusqu'à déclarer illicite

1. Isambert, t. XVII, p. 235 et 236; Mémoires cI'Omer Talon, t. VII, 2e partie, p. 75.

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